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Par une concordance des temps, qui s'explique en partie par la volonté de l'équipe municipale élue de commémorer le centenaire des batailles du col de Banyuls, se trouvent et se croisent de manière totalement indépendante, dans le village Banyuls-sur-Mer, de 1894 à 1899, trois artistes diplômés de l'Ecole Nationale des Beaux-Arts : le Banyulenc Aristide Maillol, l'Ariégeois Jean-Baptiste Belloc et le Versaillais Henry Perrault.
Durant l'année 1892, revenu de Paris, Aristide Maillol s'installe dans la maison de son grand-père, dans laquelle il ouvre un atelier de tapisseries. Rendant visite au curé de la paroisse l'abbé François Rous, il reçoit la commande de décorer les murs de la nouvelle église Saint-Jean-Baptiste. Pendant plusieurs mois, il travaille ses cartons préparatoires, tout en gérant son atelier de tapisserie. Alors qu'il vient présenter ses cartons à l'abbé, Aristide s'entend répondre : "Allons Aristide, vous ne m'avez pas pris au sérieux j'espère ?!?". Dépité, Aristide remballe ses cartons. Mais, son amertume dure peu, puisqu'entre 1894 et 1895, il reçoit la commande, celle-ci ferme, de Marius Douzans désireux de faire décorer les murs de la maison familiale des Douzans qu'il vient de faire rénover.
... Pendant ce temps ...
Au début de l'année 1894, le comité chargé de la supervision de la construction de l'obélisque commémorant les batailles du col de Banyuls, choisit le projet présenté par le duo composé de l'architecte du département Joseph-Ferréol Carbasse et le sculpteur Jean-Baptiste Belloc. Pendant que Joseph-Ferréol se charge de la forme et de l'esthétique générales du monument ainsi que du choix des matériaux, Jean-Baptiste Belloc doit réaliser le médaillon en bronze dans lequel figure le profil d'un homme jeune coiffé d'une "baratina" (sorte de bonnet phrygien, la coiffe masculine générique des Banyulencs jusqu'au début du XXème siècle).
Jean-Baptiste n'a que quelques mois pour réaliser le médaillon, puisque l'obélisque est inauguré le 12 juillet 1894. Par les lettres accompagnant l'envoi, nous savons qu'il a réalisé cette oeuvre dans son atelier parisien, puis qu'elle a été fondue dans une fonderie de la région parisienne, avant d'être envoyée par le rail et réceptionnée à la gare par le tailleur de pierre Joseph Condine, qui l'a fixé sur la face avant du fût de l'obélisque. Jean-Baptiste est-il venu à Banyuls pour préparer son oeuvre ? Aucune source ne permet de l'affirmer. A-t-il contacté Aristide Maillol de manière épistolaire, lorsqu'il concevait et réalisait son oeuvre ? Rien ne s'y oppose. En effet, les deux hommes se connaissent bien puisqu'ils ont poursuivi leurs études en même temps à l'Ecole Nationale des Beaux-Arts. Et ils s'apprécient tellement que lors du mariage d'Aristide avec Clotilde Narcis, le 07 juillet 1896, Jean-Baptiste est l'un des témoins du marié. Nous avons déjà expliqué ce point dans notre article intitulé "Lorsque le mariage d'Aristide Maillol s'inscrit en filigrane sur l'une des artères de Perpignan". Jean-Baptiste sait donc que son ami Aristide est natif de Banyuls, et qu'il y réside en 1894. Rien ne s'opposerait à ce que ces deux artistes aient échangé, et qu'Aristide ait raconté à Jean-Baptiste, ce qu'il savait des batailles qui se sont déroulées au col de Banyuls en 1793.
Alors qu'il réside à Banyuls, pourquoi Aristide Maillol n'a-t-il pas déposé de projet auprès du comité chargé de superviser le projet de construction de l'obélisque commémoratif, durant les années 1893-1894 ? Parce qu'il se conçoit uniquement comme un peintre. En effet, lorsqu'il réussit son concours d'entrée à l'Ecole Nationale des Beaux Arts en 1885, il décroche les notes de 20 en dessin, 2 en modelage et 2 en architecture ! Ce n'est que l'année suivant l'inauguration de l'obélisque commémoratif, soit en 1895, qu'influencé par le travail sur bois de son ami Paul Gauguin, Aristide commence à se lancer dans la sculpture. De plus, il est déjà trés occupé de 1894 à 1895 car, en plus de superviser le fonctionnement de son atelier de tapisserie, il conçoit et peint les décors muraux commandées par Marius Douzans pour orner le salon de sa maison.
Au début de l'année 1896, les décors muraux achevés dans la maison de Marius Douzans, Aristide ferme son atelier de tapisserie, et accompagné de sa fiancée Clotilde Narcis, il repart s'installer à Paris. Le 07 juillet 1896, à la mairie du 5ème arrondissement, Aristide et Clotilde convolent en juste noce.
... Pendant ce temps ...
Le 08 juin 1896, se marient à Neuilly-sur-Seine, le peintre Henry Perrault et Henriette Bassères, la fille du Banyulenc Bonaventure Bassères. Par l'intermédiaire de sa femme, le Versaillais Henry découvre le village de Banyuls-sur-Mer, et peut-être y installe-t-il de manière provisoire son atelier, entre 1896 et 1899. Probablement stimulé par la commémoration de l'obélisque 18 mois plus tôt (le 12 juillet 1894), il décide de fixer sur une toile de grandes dimensions, une représentation des batailles qui se sont déroulées au col de Banyuls en octobre et décembre 1793.
Henry est un jeune peintre, fraîchement sorti diplômé de l'Ecole Nationale des Beaux-Arts en 1895, dont l'oeuvre L'adoration des bergers vient d'être récompensée par une médaille décernée au Salon de 1896. Voir son oeuvre retenue pour être exposée au Salon, est une chance pour un jeune peintre désireux de se faire connaître des mécènes, des institutions publiques et du public averti ; surtout si l'oeuvre est couronnée par un prix ou une médaille. En 1896-1897, lorsqu'Henry se lance dans la création de La défense du col de Banyuls, il est alors un jeune peintre prometteur, auréolé de son récent succès.
Aristide et Henry se sont-ils connus ? En l'état de la recherche, il ne nous est pas encore possible d'apporter une réponse sourcée à cette question. Cependant, nous savons qu'aristide obtient son diplôme des Beaux-Arts en 1890, l'année où Henry réussit le concours d'entrée. Ces deux hommes se sont donc croisés de 1890 à 1892 dans les locaux de l'école, Henry en sa qualité d'étudiant et Aristide en sa qualité d'assistant plus ou moins régulier du professeur Cabanel. Ont-ils noué une relation plus personnelle durant cette période ? Impossible de répondre par l'affirmative. De plus, l'un des cousins germains d'Henriette Bassères l'épouse d'Henry, est le général François Bassères, l'ami d'enfance d'Aristide Maillol. Il n'est pas impossible, que le médecin Bassères ait parlé du mari de sa cousine et de son oeuvre, à Aristide son ami de toujours. Enfin, si par sa vision symboliste ainsi que par son approche formelle Nabi, Aristide Maillol s'oppose au système du salon qui perpétue les canons d'un art pictural officiel et académique, il aurait néanmoins pu se rendre au salon en 1899, afin de voir une oeuvre qui met en scène l'un des événements historiques qui s'est déroulé dans son village natal. Ainsi, il nous semble vraiment peu probable qu'Aristide n'ait pas été au courant qu'un artiste peintre travaillait dans son village, sur un événement historique qui a touché sa communauté. Aristide et Henry seraient-ils entrés en contact durant cette période ? Peut-être. En tous les cas, Aristide avait plusieurs canaux à sa disposition pour contacter Henry. En l'absence de documentation précise sur le sujet, nous devons laisser en suspens notre questionnement.
Au salon de 1899, après trois à quatre années de travail, Henry présente sa nouvelle oeuvre intitulée La défense du col de Banyuls, pour laquelle, il obtient une nouvelle médaille.
Ainsi, ce printemps des arts qui se déroule à Banyuls-sur-Mer de 1894 à 1899, voit éclore trois oeuvres distinctes, toutes les trois liées aux batailles qui se sont déroulées au col de Banyuls en 1793, l'une dans la maison de Sylvestre Douzans (1757-1827) l'un des acteurs des batailles, et deux réalisées un siècle plus tard pour commémorer le centenaire de cet l'événement historique :
Réalisées par trois artistes qui poursuivent chacun une recherche esthétique et formelle différente, ces oeuvres éclairent la diversité du marché de l'art qui s'offre aux artistes à la fin du XIXème siècle :
En 2024, la commune de Banyuls possède sur son sol ces trois oeuvres. L'obélisque et les décors muraux de la villa Douzans n'ont jamais quitté les limites de la commune. En revanche, il a fallu attendre l'année 1985, pour que le tableau de Perrault soit donné à la ville de Banyuls, et qu'après une phase de restauration, il soit accroché dans le hall de la mairie, où il se trouve depuis lors.
Cette constatation nous amène à interroger le statut juridique de ces oeuvres. Les décors muraux peints par Aristide Maillol sont désormais classés à l'inventaire des monuments historiques depuis janvier 2015, grâce au patient travail de Nathalie Spiztlei l'actuelle propriétaire de la villa et descendante directe de son bâtisseur Sylvestre Douzans (1684-1750). En revanche, n'étant pas inscrits à l'inventaire des monuments historiques, ni le tableau, ni l'obélisque ne peuvent profiter des lois et réglements qui protégent les oeuvres d'art à caractère patrimonial. Nous pensons que ce vide juridique devrait être comblé, afin d'assurer la pérénité de ces oeuvres dans le village de Banyuls-sur-Mer, et dans la mémoire collective de sa communauté ... pour que jamais ne fânent les fleurs écloses de 1894 à 1899, durant le printemps des arts à Banyuls-sur-Mer.
Les sources en lignes :
Toujours à la recherche de ce qu'a fait Henry Perrault de 1896 à 1899, nous avons replongé dans les archives. Et quand on sait ce que l'on cherche dans la masse archivistique ... on trouve ... sauf disparition d'une partie des dépôts d'archives à cause d'incendies, d'innondations ou d'un document mal classé comme pour le poilu banyulenc PARCE François (1895-1918). Heureusement, aucun de ces cas ne s'est présenté, nous permettant ainsi de retrouver dans les archives municipales de Paris, la fiche de matricule d'Henry, Paul Perrault.

Comme tous les citoyens français, Henry est soumis aux obligations militaires, qui débutent l'année de leur 20ème anniversaire et qui s'achèvent le jour de leur 49ème anniversaire. Normalement, Henry aurait du se faire rescencer au bureau recruteur le plus proche de son domicile, en 1887. Mais, au lieu d'être régulièrement inscrit dans la classe 1887, il est noté dans la classe 1885. Et, alors qu'il aurait du effectuer les deux années de son service militaire, de 1888 à 1890, il signe au bureau recruteur du 16ème arrondissement de Paris, un "engagement conditionnel d'un an", le 04 novembre 1886. C'est donc à l'âge de 19 ans, qu'il se presente dans la ville de Thouars (Deux-Sèvres, 79), avec le grade de soldat de 2ème classe, le 15 novembre 1886, à la caserne du 125ème Régiment d'Infanterie, tout juste rentré de la seconde expédition à Madagascar. Comme nombre de ses concitoyens, Henry a ainsi devancé d'un an l'appel de la conscription.
Une fois ses classes achevées, Henry passe son "certificat d'instruction militaire", qu'il réussit brillament en recevant la note maximale de "Très bien". Il est alors promu caporal le 08 juin 1887. Son année d'engagement s'achevant, Henry n'a probablement pas souhaité se réengager, puisque le 15 septembre 1887, il "passe dans la disponibilité". Ainsi, alors qu'il est âgé de 20 ans, il est autorisé à rejoindre la vie civile, son service militaire étant considéré comme régulièrement effectué et achevé. Henry peut désormais s'atteler à la préparation au concours d'entrée à l'Ecole Nationale des Beaux-Arts, qu'il réussit en 1890.

Comme tous ses concitoyens de la classe 1887, Henry passe régulièrement dans la "réserve de l'armée d'active", le 01 novembre 1889. Le 18 mars 1889, avec le grade de "sous-lieutenant de réserve", il est rattaché au 131ème Régiment d'Infanterie, encaserné dans les villes d'Orléans et de Pithiviers (Loiret, 45). C'est donc au sein de ce régiment qu'il effectue normalement ses trois premières "périodes d'instruction" obligatoires : la première du 06 octobre au 29 novembre 1890, la seconde du 27 août au 23 septembre 1894, et la troisième du 24 août au 20 septembre 1895. Ainsi, Henry achève cette année là, l'année de ses 28 ans, ses trois périodes d'instruction militaire ainsi que son parcours d'études supérieures, en sortant diplômé de l'Ecole Nationale des Beaux-Arts.

Le 04 novembre 1899, alors qu'il est âgé de 32 ans, il passe régulièrement dans "l'armée territoriale". Le 12 juillet 1900, il est promu au grade de lieutenant, et rattaché au 142ème Régiment d'Infanterie, encaserné dans les villes de Lodève (Hérault, 34) et de Mendes (Lozère, 48), avec lequel il effectue sa quatrième période d'instruction du 20 avril au 02 mai 1903. Le 04 novembre 1905, alors qu'il est âgé de 38 ans, il passe régulièrement dans "la réserve de l'armée territoriale". Il est alors rattaché au 123ème Régiment d'Infanterie encaserné dans la ville de La Rochelle (Charente-Maritime, 17), avec lequel il effectue ses deux dernières périodes d'instruction, du 11 au 23 juin 1906 et, du 17 au 26 octobre 1908. Le 04 novembre 1911, alors qu'il est âgé de 44 ans, le lieutenant de réserve Henry, Paul Perrault est officiellement "rayé des cadres", marquant ainsi la fin de ses obligations militaires. Il n'est donc plus mobilisable, lorsqu'est déclarée la première guerre mondiale le 01 août 1914.

Sa fiche de matricule indique incidemment quelques uns de ses lieux de résidence, de 1889 à 1906 :
Bien que de juillet à septembre 1890 il voyage d'abord en France, avant de repartir trois ans plus tard "à l'étranger" pour une durée d'un an, sa résidence principale est fixée dans l'appartement parisien de ses parents, au n° 43 du Boulevard Jean Lannes. Grâce à son acte de mariage, passé à la mairie de Neuilly-sur-Seine, le 08 juin 1896, nous savons qu'il réside toujours dans l'appartement parisien de ses parents.

Puis, nous traversons une période encore non éclairée par les archives, qui débute le 08 juin 1896 et qui s'achève le 09 février 1906, lorsque sa fiche de matricule indique qu'il réside dans la commune de Neuilly-sur-Seine. Dans quelle(s) commune(s) a-t-il résidé durant ces dix années, qui incluent les années qui intéressent notre étude ? La fiche de matricule d'Henry n'apporte aucune réponse à notre question.
Néanmoins, dans sa notice biographique établie par le musée Joffre, il est noté : "En 1896 il obtient une médaille au Salon pour L’Annonciation aux Bergers et en 1899 avec sa Défense du col de Banyuls (actuellement dans la mairie de cette ville) une seconde médaille. Il livrera ensuite pour orner la salle Arago de la mairie de Perpignan Annibal devant les remparts d’Illibéris (1900), Le serment de Jean II (1906) et Après la victoire de Peyrestortes (1920)." Les fiches d'inventaire établies et conservées par l'Inventaire du Patrimoine de la région Occitanie, précisent les informations livrées par le musée Joffre. De 1900 à 1906, Henry a travaillé dans le département des Pyrénées-Orientales : en 1900, dans la commune de Céret pour décorer le château d'Aubiry dessinée par l'architecte Dorph Petersen Viggo, puis pour la mairie de Perpignan qui lui commande deux toiles "Annibal devant les remparts d'Illibéris" livrée en 1903, et "Le serment de Jean II d'Aragon pendant le siège de Perpignan" livrée en 1906. Nous rajoutons à cette liste, la vente au Conseil général des Pyrénées-Orientales, durant l'année 1899, de son tableau "La défense du col de Banyuls".


Il apparaît ainsi que de 1896 à 1906, pendant la décennie qui nous occupe, Henry a réalisé plusieurs oeuvres dans le département des Pyrénées-Orientales, d'abord à Banyuls-sur-Mer de 1896 à 1899, puis à Céret en 1900 et enfin à Perpignan entre 1900 et 1906. Si nous superposons les chronologies de sa vie personnelle, de son travail artistique et de ses obligations militaires, puis que nous transposons ce mille-feuille chronologique sur une carte, nous voyons apapraître une "anomalie" géographique.
En effet, lorsqu'Henry effectue ses obligations militaires entre 1886 et 1911, la France est découpée en régions militaires. Natif de Versailles dans le département de la Seine-et-Oise, et résidant à Paris dans le département de la Seine, de 1886 à 1887, Henry ne réalise pas son année d'engagement sous les drapeaux dans la Vème région militaire, mais dans la IXème, à Thouars dans le département des Deux-Sèvres. Ayant réintégré l'appartement familial à son retour de l'armée, il est logiquement rattaché à la Vème région militaire, puisqu'il effectue ses trois premières périodes d'instruction militaire, à Orléans dans le département du Loiret, de 1890 à 1895. Mais, lorsqu'il suit sa quatrième période d'instruction militaire du 20 avril au 02 mai 1903, il se retrouve dans la caserne du 142ème Régiment d'Infanterie, à Lodève dans le département de l'Hérault, appartenant à la XVIème région militaire. Puis, de 1906 à 1908, il suit ses deux dernière périodes d'instruction militaire dans la XVIIIème région militaire, à La Rochelle dans le département de la Charente-Maritime.

La carte met en évidence la parenthèse de 1903, lorsqu'Henry est rattaché dans la XVIème région militaire. En effet, l'essentiel de son existence se déroule le long d'un axe reliant Paris à La Rochelle en passant par Poitiers, sauf lorsqu'il est professionnellement occupé dans le département des Pyrénées-Orientales. D'abord, de 1896 à 1899, il peint son tableau "La défense du col de Banyuls", qu'il vend au conseil général des Pyrénées-Orientales. Puis, en 1900, il décore le château d'Aubiry dans la commune de Céret. Enfin, durant l'année 1903, il livre à la mairie de Perpignan sa toile "Annibal devant les remparts d'Illibéris". Mairie qui lui commande dans la foulée une nouvelle oeuvre "Le serment de Jean II d'Aragon pendant le siège de Perpignan", qu'Henry livre trois ans plus tard en 1906. Cette même année 1906, Henry amménage dans la commune de Neuilly-sur-Seine. Peut-on conclure qu'affairé dans le département des Pyrénées-Orientales, Henry y ait provisoirement élu domicile dans les années 1896-1906 ; installation qui expliquerait son rattachement à la XVIème région militaire dont le siège est la ville de Montpellier ? En l'état actuel de nos recherches, difficile de répondre par l'affirmative à cette question, qui doit rester une hypothèse à confirmer et/ou infirmer.
Après avoir décortiqué la fiche de matricule d'Henry Perrault, tentons de répondre à notre question initiale : Henry a-t-il installé son atelier à Banyuls-sur-Mer entre 1896 et 1899, pour peindre son tableau "La défense du col de Banyuls" ? Aucun des documents que nous avons pour l'instant retrouvés dans divers dépôts d'archives ne permet de répondre de manière sourcée à cette question.
Cependant, un faisceau grandissant d'indices implicites, nous laisse à penser qu'Henry s'est probablement établi dans le département des Pyrénées-Orientales, entre 1896 et 1906, mais pas dans le village de Banyuls-sur-Mer, plutôt dans la ville de Perpignan, bien plus accessible. Aménagement dans cette ville qui pourrait expliquer qu'Henry ait noué suffisamment de liens au sein des cercles de pouvoirs locaux, pour que le conseil général des Pyrénées-Orientales lui achète un tableau en 1899, et que la mairie de Perpignan lui commande deux toiles en 1900 puis en 1903. S'il s'est installé à Perpignan, rien ne l'empêchait de venir régulièrement à Banyuls-sur-Mer, entre 1896 et 1899, pour poser régulièrement ses pinceaux de manière temporaire mais prolongée, dans l'une des propriétés de la famille de son beau-père Bonaventure Bassères, afin de réaliser ses esquisses, en crayonnant les montagnes si particulières de la vallée de Banyuls, ainsi que les visages et les costumes de quelques Banyulencs et Banyulencques comme Marguerite PRATS (1837-1920).
Sources disponibles en ligne :
Ressources disponibles en ligne :
Suite à la publication de notre article intitulé Enquête dans les greniers banyulencs, lorsque que le peintre Henry Perrault se révèle être Banyulenc... par alliance, quelques banyulencques et Banyulencs nous ont contacté.
Dans cet article, nous expliquions que madame Ginette Calatayud épouse Lopez est venue nous raconter une partie de son histoire familiale. Sa grand-mère Marie Maillol lui racontait que sa propre mère Marguerite Prats aurait posé pour Henry Perrault, lorsqu'il travaillait sur son tableau "La défense du col de Banyuls", entre 1896 et 1899. En remerciement, elle aurait reçu une reproduction de grande taille et de belle facture du tableau ; reproduction qui se trouve désormais dans les mains d'une de ses arrières-arrières-petites-filles, madame Ginette Calatayud épouse Lopez.
Suite à la parution de cet article sur notre blog, quelques habitants sont venus nous raconter que la même anecdote se transmet dans leurs familles respectives. Comment se fait-il qu'une même anecdote soit partagée par plusieurs familles banyulencques ? Pour comprendre ce phénomène, il suffit de se pencher sur la généalogie de Marguerite Prats (1837-1920), le modèle supposé d'Henry Perrault :

Donc, si dans votre arbre généalogique, vous avez l'un ou l'autre des noms sus-cités, vous avez des liens familiaux plus ou moins proches avec Marguerite Prats (1837-1920). Et, il se peut que son anecdote de modèle pour Henry Perrault, soit une des anecdotes familiales que se transmettent les membres de votre famille. Ainsi, lorsque vous regarderez le tableau La défense du col de Banyuls, exposé dans le hall de l'hôtel de ville, peut-être avez-vous sous les yeux l'une de vos ascendantes plus ou moins directe.
Incidemment, nous apprenons que RAVETLLAT Isidore (1877-1915) "mort pour la France", "tué à l'ennemi" à Fontaine-Madame dans la Meuse durant La bataille de Champagne alors qu'il était Soldat de 2ème classe, est le petit-cousin germain de Marguerite PRATS (1837-1920), puisque sa mère Marthe MONICH épouse RAVETLLAT (1847-?) était la cousine germaine de Marguerite ; Françoise PRATS la mère de Marthe étant la soeur de Joseph PRATS le père de Marguerite. Ainsi, si PRATS Joseph et PY Françoise sont les grands-parents paternels de Marguerite PRATS (1837-1920), ils sont aussi les arrières-grands-parents maternels de RAVETLLAT Isidore (1877-1915). Par un hasard fortuit, Marguerite et son petit-cousin germain Isidore se retrouveraient aujourd'hui sur deux oeuvres d'art séparés par une trentaine de mètres, Marguerite peut-être sur le tableau exposé dans le hall de l'hôtel de ville, et Isidore dont le nom ainsi que le prénom sont bien gravés sur le monument aux mort sculpté par Aristide Maillol, installé sur la place Dina Vierny en limite du jardin -arrière de l'hôtel de ville.
Intrigué par l'apparition de RAVETLLAT Isidore (1877-1915) dans la famille de Marguerite PRATS (1837-1920), notre généalogiste et président Jean-Louis Aroles, a interrogé sa base de données personnelle : Marguerite est-elle affiliée à d'autres Banyulencs "morts pour la France" durant la première guerre mondiale ? Cinquante-trois noms sont sortis ! Ainsi, quasiment la moitié des 109 Banyulencs "morts pour la France" durant la première guerre mondiale, sont apparentés à des degrés divers, à Marguerite PRATS (1837-1920) :
Si vous pensez que votre famille se rattache à la branche formée par le couple PRATS Joseph et PY Françoise, n'hésitez pas à entrer en contact avec notre généalogiste en chef et président de notre comité, M. Jean-Louis Aroles, qui se fera un plaisir d'échanger ses données avec les vôtres. Pour le contacter directement, cliquez sur le lien ci-dessous :

Afin de commémorer le 230ème anniversaire de la seconde bataille du col de Banyuls, le samedi 16 décembre 2023, nous avons animé à Banyuls-sur-Mer, une conférence intitulée Les batailles du col de Banyuls, entre histoire, mémoire et légende.
Dans le public, se trouvait un couple qui, une fois la conférence achevée, est venu nous raconter une histoire familiale : "Ma trisaïeule aurait servi de modèle pour l'une des deux femmes représentées sur le tableau. Et en remerciement, elle aurait reçu une reproduction du tableau." Nous leur avons fixé rendez-vous, afin d'échanger, au calme, de manière plus posée. Le mardi 19 décembre 2023, nous les avons reçu dans notre Centre d'Interprétation Historique, où ils nous ont présenté une reproduction couleurs de grande taille et de très belle facture, du tableau peint par Henry Perrault entre 1896 et 1899. Selon l'histoire qui se transmet depuis plus d'un siècle dans la famille de Mme Ginette Calatayud épouse Lopez, sa trisaïeule Marguerite Prats (1837-1920) aurait servi de modèle au peintre Henry Perrault. Elle aurait donné les traits de son visage, à la femme debout qui recharge un fusil, au premier plan au bord du cadre droit.

Sachant qu'Henry Perrault présente L’Annonciation aux Bergers au salon des peintres à Paris en 1896, pour laquelle il reçoit une médaille, et qu'il présente sa nouvelle oeuvre La défense du col de Banyuls, dans ce même salon en 1899, qui est elle aussi récompensée par une médaille, nous posons comme première hypothèse que le tableau La défense du col de Banyuls a occupé le peintre de 1896 à 1899.
Si Marguerite Prats a servi de modèle entre 1896 et 1899, nous posons une seconde hypothèse : Henry Perrault serait venu à Banyuls-sur-Mer durant ces quatres années. En effet, on imagine mal Marguerite Prats veuve de Jean Maillol, âgée de 60 ans en 1897, qui se déclare comme "ménagère" dans l'acte de mariage de sa fille Marie Maillol, le 12 janvier 1887, ait eu les moyens ainsi que l'envie de traverser la France, pour servir de modèle à un jeune peintre qui réside au n° 43 du boulevard Jean LANNES à Paris, et qu'elle ne connait pas.
Cette hypothèse pose question : comment un peintre né à Versailles le 13 avril 1867, marié à Neuilly-sur-Seine le 08 juin 1896, et résidant sur les boulevards des maréchaux à Paris, a-t-il eu l'idée :

Pour répondre à ces questions et infirmer ou affirmer nos hypothèses, nous devons nous plonger dans la biographie du peintre, afin de pouvoir reconstituer la succession des événements de sa vie, pour la période qui nous occupe. Se pose alors un probléme, Henry Perrault est un peintre qui a peu interessé les historiens de l'art. Ses oeuvres n'ont pour l'instant pas été répertoriées dans un catalogue, et sa biographie n'a pas encore été écrite. Si ses oeuvres sont parfois mentionnées dans les travaux des historiens de l'art, c'est toujours de manière rapide et lacunaire. Bien sûr, il n'est pas complètement inconnu du public, puisqu'il a sa fiche Wikipedia ! Cependant, même s'il est mentionné dans la fiche Wikipédia de son père, le peintre Léon Perrault, aucun hyperlien ne relie les deux fiches, alors que la fiche de Léon renvoie vers la fiche Wikipedia de son second fils Emile Perrault le sculpteur. Personne n'a pensé à faire sur la plateforme, l'hyperlien entre Henry, son père et son frère cadet, car aucun historien de l'art n'a travaillé spécifiquement sur l'oeuvre d'Henry.
Idem pour les grandes bases de données institutionnelles, telles que "Palissy" (patrimoine mobilier), "Joconde" (collection des musées de France), "Gallica" (Bibliothèque Nationale de France), "Les fonds d'archives du Musée d'Orsay" ..., interrogées sur Henry Perrault, elles ne livrent qu'au compte-goutte des miettes d'informations et de manière éparses. Ainsi, Henry est présent dans le foisonnant mouvement des peintres français à la fin du XIXème siècle, mais de manière presque furtive, en n'étant que rarement évoqué de manière partielle et partiale.
Au milieu de cet océan archivistique quasi vide, nous avons néanmoins remonté une bribe d'information d'une des nombreuses lignes que nous avions lancées dans les divers dépôts d'archives et dans plusieurs bases de données. En effet, sur le Site du Musée Joffre se trouve la note biographique d'Henry Perrault. Le musée se trouvant en possession du portrait du maréchal Joffre, peint par Henry Perrault en 1916, les équipes du musée ont rédigé cette note, et l'ont mise en ligne le 03 novembre 2020. Ainsi, dans ce court texte, un pargraphe a attiré notre attention : "(...) Henry Perrault (1867-1932) n’est pas originaire du Roussillon mais son mariage, avec une demoiselle B. de Banyuls sur Mer lui fait établir son atelier dans cette ville.(...)". Cette affirmation n'étant pas sourcée, il nous faut la vérifier en retournant dans les archives.
Jean-Louis Aroles, Président de notre comité et généalogiste amateur très éclairé, membre d'une association de généalogie, a alors interrogé la base de données collective "Généanet", concernant le mariage d'Henry Perrault. Plusieurs réponses sont apparues, dont l'une qui a retenu notre attention : "Mariage de Henri, Paul Perrault avec Henriette, Marie Bassères, à Neuilly-sur-Seine, le 08 juin 1896". Nous sommes partis fouiller dans les registres d'Etat-civil de la commune de Neuilly-sur-Seine, conservés par les Archives Départementales des Hauts-de-Seine. BINGO ! Dans le registre des mariages pour l'année 1896, aux pages 157-159, se trouve l'acte de mariage n° 125 :
La lecture de cet acte soulève des questions. Si au niveau de l'initiale de son nom de famille, Henriette, Marie Bassères pourrait correspondre à la "(...) demoiselle B. de Banyuls sur Mer (...)" mentionnée par la note biographique du site du musée Joffre, elle semble néanmoins s'en distinguer, car elle n'est pas née à Banyuls-sur-Mer, mais dans le 7ème arrondissement de Paris.
Si Henriette n'est pas née à Banyuls, en revanche son père Bonaventure est un Banyulenc, auquel il y a fort longtemps en 2017, nous avions, rendu hommage sur notre blog : Famille illustre, La famille Bassères. Ainsi, Marguerite Prats née à Banyuls le 08 juillet 1837, aurait posé entre 1896 et 1899, pour Henry Perrault le gendre de Bonaventure Bassères, quelle devait forcément connaître, puisqu'il est né à Banyuls le 14 septembre 1837, soit six semaines après elle.
Il apparaît donc qu'Henriette, la cousine germaine de François Bassères le général médecin, a épousé le 08 juin 1896 à la mairie de Neuilly-sur-Seine, le peintre Henri Perrault. Ainsi, si Henriette n'est pas native de la commune de Banyuls, toute sa famille paternelle l'est, puisqu'elle constitue l'une des plus anciennes familles du village. Par son mariage, Henry Perrault a alors rejoint la grande famille des Banyulencs.
Munis de toutes ces nouvelles informations, il nous semble probable que le Parisien Henry ait découvert Banyuls, grâce à sa femme Henriette membre d'une vieille famille banyulencque. De plus, au vu des dates de naissance du patriarche François Bassères en 1778 et de sa femme Anne-Marie Reig en 1780, ils étaient tous deux adolescents en 1793-1794, lors des batailles suivies de l'occupation du village par l'armée espagnole. Il se pourrait que leurs pères respectifs aient participé aux batailles le 26 octobre et les 15-16 décembre 1793. La famille Bassères se transmettait-elle l'histoire d'un de ses ancêtres ayant participé aux batailles du col de Banyuls ? Peut-être charmé par la commune de Banyuls et sa luminosité si particulière, ainsi que par les histoires familiales autour des batailles du col de Banyuls, qui bruissent en parcourant les rues du village, Henry a posé provisiorement son chevalet, ses toiles et ses pinceaux dans le village natal de sa belle-famille, pour se lancer entre 1896 et 1899, dans la création d'un tableau historique de grandes dimensions, qu'il a intitulé La défense du col de Banyuls.
Cette installation provisoire dans le village de Banyuls à la fin du XIXème siècle, entrerait en résonance avec l'histoire familiale de Mme Ginette Calatayud épouse Lopez. Sa trisaïeule Marguerite Prats aurait très bien pu servir de modèle à Henry. Peut-être n'a-t'elle pas été la seule habitante du village à être sollicitée par le peintre, occupé à établir l'agencement des personnages sur sa toile, ainsi que la position de leurs corps. Cette présence d'Henry à Banyuls expliquerait sa connaissance fine des costumes que portaient les Banyulencs lors des batailles du col de Banyuls ; costumes qui différaient peu de ceux portés par les habitants du village un siècle après les batailles.
Donc, nous arrivons au terme de cette piste, en ayant apporté autant de réponses que nous avons ouvert de nouvelles questions. Henry Perrault est-il venu à Banyuls ? Oui probablement. Comment a-t-il connu le village ? Par sa femme Henriette Bassères. A-t-il établi son atelier à Banyuls ? Rien ne permet de l'affirmer de manière sourcée. Néanmoins, aucune des informations retrouvées dans les archives n'empêcherait qu'il ait établi temporairement son atelier dans le village de Banyuls, entre 1896 et 1899. Marguerite Prats lui aurait-elle servi de modèle ? Aucun document ne permet de répondre affirmativement à cette question, mais rien ne permet non plus de l'infirmer.
Ainsi, grâce à la famille Calatayud-Pagès-Lopez qui nous a ouvert sa mémoire, nous sommes parvenus à retrouver l'une des multiples pièces qui composent le puzzle des batailles du col de Banyuls qui se sont déroulées à la fin de l'année 1793, et de leur commémoration de 1894 à 1899. Soit-elle sincèrement et chaleureusement remerciée pour son partage, ainsi que sa contribution à l'écriture de l'histoire de son village.
Les sources disponibles en ligne :
Les ressources disponibles en ligne :
Les bases de données consultées :
Notre comité a le plaisir de vous inviter à la conférence qu'il organise le :
Samedi 16 décembre 2023
à 15H00
à la salle Novelty - 3ème étage
Entrée libre
Pour commémorer le 230ème anniversaire de la seconde bataille qui s'est déroulée au col de Banyuls les 15 et 16 décembre 1793, nous aurons le plaisir de vous présenter l'ensemble du travail que notre comité a mené depuis maintenant quasiment 10 ans, sur le déroulement des batailles du col de Banyuls, et son incidence sur la vie du village et sa mémoire collective.
Dans notre dernier article, nous vous parlions de PRATS Emile (1879-?). Nous vous racontions que nous l'avons enfin partiellement retrouvé dans les archives. En effet, si ce natif de Banyuls-sur-Mer a vu son nom gravé sur le monument aux morts de Port-Vendres, les archives n'avaient encore livrées aucune information. Nous ne connaissions ni ses date et lieu de naissance, ni ses arme, affectation et grade, ni ses date, lieu et cause du décès.
Fortuitement, au détour d'un registre d'état-civil et alors que nous étions occupés par une recherche différente, son acte de naissance est apparu. Ainsi, avons-nous appris qu'il était né à Banyuls-sur-Mer, le 04 novembre 1879. Muni de ces informations, nous avons pu déduire sa classe (l'année de son recencement pour le service militaire obligatoire) et interroger les registres de la matricule du bureau recruteur de Perpignan. Et comme espéré, nous avons retrouvé sa fiche matricule. Cependant, notre joie a été de courte durée lorsque nous avons vu l'inscription suivante : "Inscrit maritime". Nous nous trouvions devant une impasse archivistique.
A contrario du matelot PARCE François (1895-1918) né à Argelès-sur-Mer est inscrit sur le monument aux morts de Banyuls-sur-Mer, le marin PRATS Emile (1879-?) né à Banyuls-sur-Mer est inscrit sur le monument aux morts de Port-Vendres. Les situations étant similaires, nous avons appliqué la même méthode. Concernant PARCE François, nous avons contacté le comité d'Argelès-sur-Mer qui a immédiatement répondu et qui a partagé avec amitiés ses documents et informations. Ainsi, nous avons enfin eu accès à sa fiche de matricule. Pour PRATS Emile, nous avons donc contacté le comité de Port-Vendres qui nous a très gentiment et immédiatement répondu... qu'il n'a lui non plus aucune information sur l'engagement d'Emile durant la première guerre mondiale.
Malheureusement, Emile n'est pas le seul marin en "déshérence archivistique", puisque le comité de Port-Vendres nous apprend que : "(...) Effectivement comme de très nombreux marins MPLF [Morts Pour La France], Mémoire de Hommes [la base de données du Service Général de l'Administration (SGA)] n'a pas pu certifier la perte de navires et donc de l'équipage. De plus les mutations décidées dans l'urgence n'ont pas été transmises aux services administratifs. On sait qu'ils étaient à la guerre et n'en sont jamais revenus. (IL en est de même pour les 562 MPLF disparus en Algérie entre 1954 et 1964 sur les plaques du mémorial de Port-Vendres, où sont-ils?). (...)".
Comme vous le voyez, le problème d'accès aux documents conservés par les archives de la Marine à Toulon, ne porte pas que sur nos 14 marins banyulencs "morts pour la France" durant la première guerre mondiale. Il pose un réel problème aux chercheurs et aux associations, lorsqu'il s'agit de retracer la carrière d'un marin dépendant du 5ème dépôt des Equipage de la Flotte, basé à Toulon. D'où notre insistante demande, qui a été promptement relayée auprès de nos instances nationales, par le général Gilles GLIN, le délégué général de notre association pour le département des Pyrénées-Orientales.
Néanmoins, notre échange avec le comité de Port-Vendres, nous a permi d'apprendre que : "(...) En ce qui concerne PRATS Émile André Joseph inscrit sur le Monument aux Morts et aussi sur la plaque commémorative de l'église ND de Bonne Nouvelle de Port-Vendres et la plaque commémorative de la chapelle de Cosprons.(...)". Donc, nous savons qu'Emile est né à Banyuls, dans le hameau dit "Bord de Mer" le 04 novembre 1879, puis qu'il déclare habiter Port-Vendres lors de sa conscription en 1919, et que ses nom et prénom sont gravés sur le monument aux morts de Port-Vendres mais aussi sur une plaque commémorative installée sur le porche de la chapelle de Cosprons, le millénaire hameau détaché de la commune de Banyuls-sur-Mer pour intégrer la commune de Port-Vendres en 1823. Cette nouvelle information nous permet de mieux cerner les liens humains et familiaux qui unissent ces trois zones de peuplement voisines : Banyuls au sud, Port-Vendres au nord et au millieu Cosprons.
Affaire à suivre
Alors que nous continuons pas à pas notre voyage dans différents dépôts d'archives, a émergé au détour d'une page d'un registre d'état-civil, un des poilus banyulencs "mort pour la France" durant la première guerre mondiale, et sur lequel les archives consultées n'avaient pas encore livré la moindre information. Si le mois dernier, avions-nous découvert PARCE François (1895-1918), aujourd'hui est apparu PRATS Emile (1879-?).
Aux Archives Départementales des Pyrénées-Orientales (A.D.66), dans la Série 2E289, dans le registre d'état civil de la commune de Banyuls-sur-Mer pour les années 1878-1882, à la page 178, sous le n° 211 de l'année 1879, est rédigé l'acte de naissance de PRATS Emile. Ainsi, avons-nous découvert son lieu et sa date exate de naissance : le 04 novembre 1879, dans la maison de ses parents sise au lieu-dit "Bord de Mer", sur la commune de Banyuls-sur-Mer. Il est le fils de PRATS Alexis un boulanger âgé de 32 ans natif du village de Mosset, et de SANYAS Catherine son épouse âgée de 29 ans.
Munis de sa date de naissance, nous avons pu déduire sa classe c'est-à-dire l'année de ses vingt ans et son recencement obligatoire pour effectuer son service militaire. Etant né à Banyuls-sur-Mer, son bureau recruteur est celui de Perpignan. Aux Archives Départementales des Pyrénées-Orientales (A.D.66), dans la Série 1R448, pour la classe 1899, dans le registre des matricules regroupant du n° 1501 au n° 1928, à la page 40, se trouve la fiche matricule n° 1527, celle de PRATS Emile.

Devant cette fiche quasiment vide d'information, sentez-vous venir cette confuse et désagréable impression de déjà-vu ? Et oui PRATS Emile est "Inscrit maritime" ! Donc, s'il possède bien sa fiche de matricule pour l'année de son recencement militaire, elle est vide, puisqu'il est marin. C'est à l'administration de la Marine nationale de remplir sa fiche, et non à l'administration de l'Armée de terre. Donc, si l'armée de terre a bien ouvert sa fiche, ce n'était pas sa fonction de la remplir, puisque la Marine nationale lui en a ouvert une autre dans son bureau recruteur de Port-Vendres.
Et comme nous vous l'avons déjà expliqué pour le cas du matelot fusilier PARCE François (1895-1918), les fiches de matricule des marins banyulencs sont conservées par les archives de la Marine à Toulon. Donc, sans réponse de leur part, nous ne pouvons pas suivre son engagement durant la première guerre mondiale. Nous ne connaissons, ni son grade, ni la date de son enrôlement, ni son affection, ni même la date, le lieu et la cause de son décès.
De plus, la base de données "Mémoire des Hommes" reste muette lorsque nous l'interrogeons. Plusieurs PRATS Emile apparaîssent, mais aucun ne correspond à celui que nous cherchons. Que faut-il en déduire ? Emile n'aurait-il pas reçu la mention "mort pour la France" ? Ou, comme PARCE François, son nom ayant été mal orthographié, il serait classé sous un nom apparenté ? Impossible pour l'instant de répondre à ces questions.
Néanmoins, sa fiche de matricule tenue par l'Armée de terre nous apprend qu'il résidait à Port-Vendres, lorsque la fiche a été ouverte en 1919. De plus, ses nom et prénom sont inscrits sur le monument aux morts de Port-Vendres. Notre association étant nationale, nous avons envoyé une demande d'information auprès du comité de Port-Vendres. Peut-être auront-ils des informations que nous n'avons pas encore ?
Affaire à suivre
Il y a peu, nous vous avons raconté comment avait émergé des archives l'un des noms gravés sur le monument aux morts de Banyuls, et que nous n'avions pas encore pu identifier : Lorsque PARCE François (1895-1918) émerge des archives.
Dans cet article, nous vous expliquions qu'interrogée, la base de données "Mémoire des Hommes" ne livrait aucune fiche de corps, lorsque nous renseignions les nom et prénom "PARCE François" né le "05 octobre 1895" dans le département des "Pyrénées-Orientales". L'association Le Souvenir Français étant une association nationale, nous nous sommes tout naturellement tournés vers le comité d'Argelès-sur-Mer, la commune de naissance de François. Ayant effectué le même travail que nous, sur les poilus argelésiens "morts pour la France" durant la première guerre mondiale, nous nous sommes dit que, peut-être, avait-il des renseignements sur François. Bingo ! Dans la journée, Raymond MAILLOL le président du comité d'Argelès-sur-Mer nous a très gentiment envoyé la copie de sa fiche de corps.
En lisant cette fiche, nous nous sommes apperçu que la graphie du nom pose un problème. En effet, le rédacteur a ajouté un petit trait à la base du "C", le transformant en "G" pour un oeil peu habitué aux graphies anciennes. Ainsi, "PARCE" est devenu "PARGE" et c'est sous ce nom que nous avons bien retrouvé sa fiche dans la base de données "Mémoire des Hommes". Hormis ce changement dans son nom de famille, toutes les autres informations correspondent aux informations livrées par les documents que nous avons déjà retrouvés : son prénom, la date et le lieu de sa naissance, la date de retranscription de son décès dans le registre d'état-civil de Banyuls-sur-Mer, sa profession et son navire d'affectation, son numéro matricule et son bureau recruteur, ainsi que la date et le lieu de son décès.
Maintenant que nous avons enfin trouvé sa fiche de corps, la cause de son décès est clairement indiquée : "Tué par balle de révolver à l'abdomen le 6 septembre 1918". Si cette mention répond clairement à la question que nous nous posions sur la cause de son décès, elle ouvre néanmoins sans y répondre, tout un éventail d'interrogations quant aux circonstances de cette mort. Qui a tiré ? Où ? Et pourquoi ? Et surtout la mention "Mort pour la France" a été raturée pour être remplacée par "Tué". Donc, PARCE François n'a pas reçu la mention "mort pour la France", ce qui n'a empêché ni la commune de Banyuls-sur-Mer de faire graver ses nom et prénom sur son monument aux morts, ni notre comité de lui rendre annuellement hommage avec les autres poilus banyulencs enrôlés et décédés durant la première guerre mondiale.
Il est frustrant de voir la piste s'arreter aussi abruptement. En effet, sans accès à sa fiche de matricule, impossible de connaître les circonstances de cet intrigant coup de révolver qui a ôté la vie de PARCE François (1895-1918) en Grèce, le 06 septembre 1918. Mais, comme nous vous l'avons déjà expliqué dans notre article précédent, les archives de la Marine de Toulon refusent de répondre à toute demande écrite, obligeant les chercheurs à venir dans leurs locaux. Bien sûr, notre petit comité n'a absolument pas les moyens de payer le voyage à un chercheur, qui devrait plonger au moins une semaine dans les différentes séries avant de retrouver le ou les documents qui expliqueraient le déroulement de ce drame, ainsi que la raison de la non attribution par l'Etat français de la mention "mort pour la France".
Le cas de François n'est pas isolé. Dans le petit village côtier de Banyuls-sur-Mer, la pèche employait entre 20 et 25% de la population active au début du XXème siècle, comme nous l'avons expliqué dans notre article : La liste des barques de pèche inscrites à la prud'homie de pèche de Banyuls-sur-Mer, 1910-1914. Donc, logiquement, ce ne sont pas moins de treize marins banyulencs qui sont morts durant la première guerre mondiale ; dix sont décédés sous le drapeaux de la Marine françaises et trois sur des navires réquisitionnés par l'Etat français :
Bien sûr, n'ayant pas accès à leurs fiches de matricules, ni à leurs états de service, nous ne pouvons pas renseigner leur engagement durant la première guerre mondiale, comme nous avons pu le faire pour les Banyulencs enrôlés dans l'armée de terre. Puisque nous sommes une association nationale, nous allons nous tourner vers nos autorités, afin de poser ce problème de non réponse à nos demandes auprès des archives de la Marine à Toulon, et tenter d'y apporter une réponse qui nous paraisse satisfaisante. Nous vous tiendrons au courant le l'avancée de ce dossier.
Affaire à suivre.
Aux archives Départementales des Pyrénées-Orientales (A.D.66), dans la Série 2E4900 : Registre d'Etat-civil, Commune de Banyuls-sur-Mer, Années 1912-1919, aux pages 195-196, est retranscrit par l'officier d'état-civil, un "Certificat de notoriété". Quésako ? Lorsque deux personnes veulent contracter un mariage, elles doivent obligatoirement fournir un extrait (une copie) de leur acte de naissance. Que faire lorsque l'un des futurs époux est dans l'impossibilité de le produire ? Un notaire ou un juge, sont habilités à rédiger un certificat de notoriété aussi appelé acte de notoriété, qui remplace l'acte de naissance manquant.
Le 25 septembre 1917, devant le juge de paix du canton d'Argelès-sur-Mer Abdon Alabert et son greffier, comparaît "le sieur Steclebout Fernand, Jean-Baptiste". Il déclare sous serment qu'il est né à Lille le 27 mai 1893. Et, en effet, dans les Archives Municipales de Lille (A.M.59), dans la Série 10E/30, dans le registre des tables décennales de la commune de Lille pour les années 1893-1902, à la page 137, nous retrouvons bien la mention de sa naissance à la date dite :
Fernand poursuit : "(...) désirant contracter mariage, il se trouve dans l'impossibilité de se procurer son acte de naissance et le consentement de ses ascendants (...)". Pour comprendre ce que représente "le consentement de ses ascendants", nous vous renvoyons vers l'article que nous avons consacré à Lucien MAILLOL et dans lequel nous avons détaillé le mariage de ses parents Aristide MAILLOL et Clotilde NARCIS : Lucien le fils unique d'Aristide MAILLOL, de la boue de Verdun aux combats aériens dans le ciel dijonnais. Pourquoi Fernand ne peut-il pas produire un extrait de son acte de naissance ? Il l'explique lui-même au juge : " (...) par suite de l'occupation allemande de son lieu d'origine où ceux-ci [ses ascendants] sont demeurés. (...)".

Que fait le jeune Fernand âgé de 24 ans, dans le canton d'Argelès-sur-Mer en septembre 1917, pendant que ses parents Steclebout Jean-Baptiste et Heprot Philomène, sont toujours à Lille ? Il indique au juge qu'il est "(...) ingénieur, domicilié à Hellemmes canton nord-est de Lille, département du Nord, actuellement mobilisé à l'usine de Paulilles près Port-Vendres dans ce canton, comme mécanicien. (...)". Et, Fernand n'est pas le seul nordiste a être en poste à Paulilles en septembre 1917, puisqu'il produit trois témoins pour appuyer ses dires : "(...) Et aussitôt ont comparu, Messieurs 1° Fleurgumi Etienne âgé de trente-trois ans, demeurant à Masny (Nord), 2° Herbin Jean-Baptiste âgé de trente-cinq ans, soudeur de l'untogène [type de soudure dite autogène], demeurant à Haussy (Nord), 3° Dumunt-Arthur Constant, âgé de trente-et-un an, chaudronnier, domicilié à Anzin (Nord). Tous les trois mobilisés et détachés à l'usine de Paulilles, près Port-Vendres ; (...)".
Aussitôt la guerre déclarée en août 1914, l’Etat mobilise peu à peu toutes les industries, petites ou grandes, au profit des fabrications de guerre. Certains continuent leurs productions habituelles (vivres, habilement, équipement…) mais en augmentant les cadences, d’autres produisent des versions militarisées de leur productions habituelles (avions, poids lourds…), enfin certains mettent leur outil de production au service de fabrication d’armes ou de munitions. Ainsi plus de 15 000 entreprises travaillent pour la défense nationale durant le conflit. Bien sûr, la dynamiterie de Paulilles qui fabrique divers types d'explosifs est mobilisée. Puisque de nombreux jeunes hommes résidant dans le canton ont été enrôlés et se trouvent sur les champs de bataille, leurs postes sont occupés par de jeunes enrôlés en provenance d'autres départements français, que leurs connaissances techniques et professionnelles intéressent. Donc, au lieu d'être envoyés au front, bien que mobilisés, ils sont déployés dans les usines qui oeuvrent pour la défense nationale, qui ont un besoin crucial de main-d'oeuvre.
Ainsi, le Montauriolenc DOUTRES Jacques (1880- ?), maréchal-ferrant de son état, passe la guerre dans différentes usines de métallurgie, avant d'être affecté comme forgeron-maréchal-ferrant dans le village de Prunet-et-Bellpuig. En effet, sans entretien des outils agricoles et sans ferrage des sabots des animaux de trait, difficile de nourir les populations, dans un système agricole encore peu mécanisé. Le Banyulenc VILLA Auguste (1877-1917) est lui aussi affecté à l'industrie de la défense nationale. Cependant ce ne sont pas ses savoirs professionnels qui l'ont conduit à occuper un poste de transborteur de marchandises auprès d'un société de chemin de fer installée à Bordeaux, mais une "très forte claudication, séquelles d'une poliomyélite infantile". Difficile de faire courir dans les tranchées, un homme qui boite fortement. Néanmoins, au lieu d'être réformé, il a été classé "auxiliaire" et mis à la disposition de l'industrie concourant à la défense nationale.
