03 juillet 2020

Les poilus banyulencs engagés dans l'Armée d'Afrique durant la 1ère guerre mondiale

     Sur les 109 Banyulencs « morts pour la France » durant la 1ère guerre mondiale, 12 étaient engagés dans la Marine Nationale, et 97 servaient dans l'armée de terre. 

     Hormis le maître-pointeur MURAT Louis (1872-1915) et le maréchal des logis BASSERES René (1895-1918) décédés durant leur service dans un régiment d'artillerie, sans surprise la quasie totalité des 97 Banyulencs enrolés dans l'armée de terre, ont perdu la vie alors qu'ils servaient dans l'infanterie. Néanmoins, les unités qui composent l'infanterie française de 1914 à 1918 sont aussi diverses que variées :

  • En juillet 1914 l'infanterie est organisée sous la forme de régiments d'infanterie (R.I.) numérotés de 1 à 176. La majorité de l'effectif est composée d'hommes âgés de 21 à 23 ans faisant leur service militaire d'une durée de 3 ans, ainsi que de militaires professionnels. La guerre déclarée au début du mois d'août 1914, chaque régiment d'infanterie reçoit l'ordre de se dédoubler. De ce dédoublement naissent un Régiment d'Infanterie (R.I.) dit d'active qui conserve son numéro, et un Régiment d'Infanterie (R.I.) dit de réserve dont le numéro initial est augmenté de 200 (exple : du 42ème Régiment d'Infanterie dit d'active naît le 242ème Régiment d'Infanterie dit de réserve). Ces nouveaux régiments sont essentiellement composés de réservistes c'est-à-dire d'hommes âgés de 24 à 33 ans, renforcés par des cadres de l'infanterie dite d'active ;

  • Aux 176 régiments d'active et aux 176 régiments de réserve, s'ajoutent 144 Régiments d’Infanterie Territoriale (RIT). Ces régiments accueillent les hommes âgés de 34 à 49 ans, considérés comme trop âgés. Initialement chargés de différents services de garde à l'arrière, les territoriaux surnommés parfois familièrement «les pépères», jouent un grand rôle pendant la Première Guerre mondiale, essentiellement en se chargeant de la construction, de la fortification et de l'entretien des réseaux de tranchées ;

  • Sont intégrés dans l'infanterie les 31 Bataillons de Chasseurs Alpins à Pied (BCAP). Au mois d'août 1914, comme les Régiment d'Infanterie, les Bataillons de Chasseurs Alpins à Pied reçoivent aussi l'ordre de se dédoubler pour former un bataillon d'active qui conserve son numéro et un bataillon de réserve dont le numéro initial est augmenté de 40.

  • Aux régiments d'Infanterie s'ajoute l'Armée d'Afrique c'est-à-dire l'ensemble des unités militaires françaises issues des territoires d'Afrique Française du Nord (Algérie, Maroc et Tunisie) dont l’origine remonte pour la plupart à la conquête de l'Algérie dès 1830. Le terme « Armée d'Afrique » n'a pas de signification institutionnelle, mais le sens général de forces de souveraineté stationnées en Algérie française, en Tunisie et au Maroc durant la période coloniale de 1830 à 1962. Intégrée aux forces armées métropolitaines, l'Armée d'Afrique se distingue des troupes coloniales;

  • Les troupes coloniales, sont quant à elles employées massivement en France métropolitaine et au Maghreb au cours du XXème siècle, même si elles sont et restent distinctes des forces armées métropolitaines et de l'Armée d'Afrique. Elles regroupent deux grands types d'unités. D'une part, les troupes coloniale dite "blanches" composées en majorité de Français métropolitains, qui regroupent les Régiments d'Infanterie Coloniale (R.I.C.) et les Régiments d'Artillerie Coloniale (R.A.C.). D'autre part, les troupes coloniales se composent des Régiments de Marche des Tirailleurs Sénégalais ("Tirailleurs Sénégalais" étant un terme générique pour désigner toutes les recrues en Afrique hors pays du Maghreb). 

     Ainsi, 8 Banyulencs sont "morts pour la France" durant la 1ère guerre mondiale, alors qu'ils étaient versés dans un des régiments composant l'Armée d'Afrique :

  1. ALSINA Y COSTA Jean (1874-1914) Sergent au 1er Régiment Colonial du Maroc (R.C.M.), décédé à Mametz (80 : département de la Somme) durant La course à la mer, septembre-décembre 1914 ;
  2. BAILLE Calixte (1892-1917) Soldat de 2ème classe au 4ème Régiment Mixte des Zouaves et des Tirailleurs (R.M.Z.T.)décédé à Fort de la Malmaison (02 : département de l'Aisne) sur Le chemin des Dames ;
  3. BAILLS Jean (1893-1917) Soldat de 2ème classe au 7ème Régiment de Zouaves (R.Z.), décédé à Bar-le-Duc (55 : département de la Meuse) durant Les batailles en Champagne ;
  4. BAUX Prosper (1892-1917) Sergent au 9ème Régiment de Marche des Zouaves (R.M.Z.), décédé à Courtecon (02 : département de l'Aisne) sur Le chemin des Dames ;
  5. GIOVACCHINI Alexandre (1880-1915) Sergent-major au 1er Régiment Colonial du Maroc (R.C.M.), décédé à l'hôpital complémentaire du Lycée Buffon de Paris (75 : département de la Seine) des suites de "ses blessures de guerre" ;
  6. MANGIN Adgid (1879-1915) Soldat de 2ème classe au 2ème Régiment Mixte de Zouaves et de Tirailleurs (R.M.Z.T.), décédé à Souain (51 : département de la Marne) durant La bataille de Champagne, février-octobre 1915 ;
  7. MONICH Gaston (1894-1915) Caporal au 4ème Régiment de Marche des Zouaves (R.M.Z.), décédé à Seddul-Bahr (Turquie) des "suite de ses blessures de guerre (blessé par balle)" durant La bataille du détroit des Dardanelles ;
  8. SOLANE Honoré (1897-1917) Soldat de 2ème classe au 3ème bis Régiment de Marche des Zouaves (R.M.Z.)51 : département de la Marne) sur Le chemin des Dames ;

      Dans les années 1950, afin de rendre hommage à l'Armée d'Afrique et à ses 30 000 "morts pour la France", une souscription des communes de France et des Amis des Troupes Noires est lancée par un comité. Deux villes sont choisies pour ériger des monuments jumeaux, Bamako capitale du Soudan français et Reims où les troupes coloniales se sont illustrées dans la défense de la ville en 1918. La réalisation des 2 monuments est confiée au sculpteur Paul Loreau-Vauthier (1871-1936) et l’architecte Auguste Bluysen (1888-1951).

     La première pierre est posée à Reims le 29 octobre 1922 par le ministre de la Guerre André Maginot, qui déclare lors de la cérémonie que la victoire avait lié « la France coloniale à la famille française » et « aujourd’hui, la France ne compte plus 40 millions de Français, elle compte 100 millions de Français ». Le monument rémois est inauguré le 13 juillet 1924 par le ministre des Colonies Edouard Daladier. Une fête militaire et sportive est organisée avec un défilé de l'Armée coloniale dont 500 « exécutants indigènes ». Le monument jumeau de Bamako, inauguré le 3 janvier 1924.

Le monument aux Héros de l'Armée Noire(1924) à Reims

Le monument aux Héros de l'Armée Noire(1924) à Bamako

     En septembre 1940, le monument rémois considéré par l'envahisseur comme un symbole de la "honte noire", est détruit par l'armée allemande. Le groupe statuaire en bronze est chargé intact dans un wagon en gare de Reims et emmené pour une destination inconnue. Il était peut-être destiné à une exposition allemande sur la « France dégénérée». Il a probablement été fondu pour en récupérer le métal.
La dépose du monument aux Héros de l'Armée Noire à Reims en 1940
          Au milieu des années 1950, l'Amicale des anciens coloniaux et marins de Reims demande le soutien du gouverneur général de l'Afrique occidentale française pour reconstruire le monument. Néanmoins, le coût de plus de 400 000 francs pour une reconstruction identique au monument de Bamako est trop élevé pour les finances de la commune. Le 21 septembre 1958, une stèle en granit est inaugurée avec une simple inscription : « La Ville de Reims à ses défenseurs. Les troupes coloniales et les anciens combattants coloniaux à leurs morts ».
Le monument remplaçant le monument aux Héros de l'Armée Noire(1958) à Reims

     À l'approche du centenaire de la 1ère guerre mondiale, l'idée de restituer le monument initial est lancée. L'Association pour la mémoire de l'Armée noire (AMAN) lance en janvier 2009 le projet de reconstruction du monument initial. Il est décidé d'intégrer au projet l'histoire du monument initial, en donnant une dimension pédagogique à ce projet de reconstruction. Le sculpteur-mouleur Jean-François Gavauty (1957- ) est choisi pour modeler une copie du groupe d'après le monument de Bamako, avec un nouveau piédestal de sa propre création. La sculpture est composé du groupe en bronze des cinq tirailleurs mesurant 2 à 2,30 m, patiné en ton brun-noir pour reproduire le modèle historique. Il repose sur un piédestal en basalte en forme d'arche de 3 m de haut reprenant la hauteur du piédestal du monument de Bamako, supportant sur ces différentes faces l'histoire du monument, celle des tirailleurs durant la 1ère guerre mondiale et une analyse historique actuelle. Le 6 novembre 2018, dans le cadre des célébrations du centenaire de l'armistice du 11 novembre 1918, le président français Emmanuel Macron et son homologue malien Ibrahim Boubacar Keïta l'inaugurent.

Le monument aux Héros de l'Armée Noire(2018) à Reims

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22 mai 2020

De nouvelles traces du passé de la commune de Banyuls-sur-Mer récemment découvertes 2

53) Les vestiges découverts 2 - Page 1

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Pour visiter en vidéo les vestiges du mittelmeerkustenfront encore visibles sur nos côtes, suivez le lien ci-dessous :

Les vestiges des fortifications allemandes


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4) De nouvelles traces du passé de la commune de Banyuls-sur-Mer récemment découvertes


Pour découvrir la réglementation administrative encadrant la déclaration de  vestiges archéologiques et de monnaies trouvés fortuitement, suivez le lien ci-dessous :

Déclarer une découverte de vestiges ou de monnaies

Qu'est-ce qu'une découverte fortuite ? Le code du patrimoine définit comme découverte fortuite la mise au jour de monuments, ruines, substructions, mosaïques, élément de canalisation antique, vestiges d'habitation ou de sépulture anciennes, inscriptions ou plus généralement tout objet pouvant intéresser la préhistoire, l'histoire, l'art ou l'archéologie faite à la suite de travaux ou d'un fait quelconque.

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Pour découvrir les actions de la D.R.A.C. pour la sauvegarde, la protection et la conservation du patrimoine archéologique, suivez le lien ci-dessous :

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Le patrimoine culturel qui intéresse l'archéologie répond à deux caractéristiques. C'est une ressource finie et non renouvelable et l'archéologie est une discipline de recherche qui détruit son objet d'étude : tout acte de fouille est destructeur des archives du sol. La mise en œuv

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17 mai 2020

Le général de Gaulle caché sur la boite de la vache-qui-rit

     La spécialiste du rôle et du poids des femmes dans la Résistance, l'historienne Diane de Vignemont questionne malicieusement : "Quel rapport y a-t-il entre le général de Gaulle et un fromage à tartiner très populaire dans l'Hexagone ? Une petite phrase malheureuse du grand homme : il avait traité les Français de veaux. Voici comment ils ont répondu à cette petite vacherie. 

     Voici une activité qui occupait nos fins de pique-nique dans les années 60. La célèbre vache dessinée par B. Rabier cachait en effet un portrait très connu à l'époque pour peu qu'on la fasse pivoter légèrement, rien moins que celui du Chef de l'Etat, le général de Gaulle !

 

Arte, Emission "Anekdot", Episode "de Gaulle", 2020

Voir l'image sur Twitter
      En jouant sur le tracé, on pouvait varier le portrait pour obtenir plutôt un de Gaulle jeune et mince de 1940 ou un de Gaulle plus empâté et plus représentatif des années 1960.
     Charles de Gaulle a dit : « Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 258 variétés de fromage ? ». Cette citation prend soudain un tout autre sens...»
     Ce clin d'oeil malicieux de l'illustrateur Léon Bel (s'inspirant du travail de Benjamin Rabier l'un des plus grand illustrateur animalier), sur la boite d'un fromage français produit en série, et très prisé des Français, démontre l'envergure prise par la haute stature du général Charles de Gaulle, dans l'imaginaire collectif français de l'après-guerre. 
Tire bouchon en "général"
     Le fait que la haute stature du général ait aussi été rapprochée d'un type de tire-bouchon auquel il été a donné son nom, indique l'affection toujours un peu frondeuse, que les Français portent à l'homme qui s'est dressé contre le nazisme en 1940, puis que les citoyennes et les citoyens ont élu au poste de Président de la République en 1958. 
     Etre associé à la fois au vin et au fromage, c'est entrer de plain-pied et par la grande porte au coeur de la culture populaire française.

15 mai 2020

Lorsque les tricoteuses américaines apportaient tous leurs secours aux Forces de la France Libre (1941)

   Durant ses recherches l'historienne Diane de Vignemont, dont les études portent sur le rôle et le poids des femmes dans la Résistance, a mis au jour l'implication des "tricoteuses américaines" au côté des Forces de la France libre (F.F.L.), dès l'année 1941.

     En 1941 alors que les Etats-Unis d'Amérique ne sont pas encore entrés en guerre, nombre de Françaises résidant aux Etats-Unis d'Amérique se mettent au tricot. Grâce à l'organisme de secours français libre, ces tricoteuses bénévoles sont approvisionnées en laine, qu'elles transforment en caches-nez, chaussettes et chandails. Les fruits de leur travail est centralisé au "chapter" new-yorkais. Accompagnés de vivres, d'argent et de médicaments, les vêtements confectionnés habillent les équipages qui escortent les convois de secours entre l'Angleterre et les territoires français libres (Maghreb, Afrique, Asie...), ainsi que les Françaises et les Français libres, ayant pu regagner l'Angleterre ou les territoire français libres. 

     Un jour d'octobre 1941, l'organisme de secours français libre de New-York City reçoit une lettre écrite par "un groupe de dames" du Mild-West qui se propose non seulement de tricoter bénévolement, mais en plus de fournir lui-même la laine. La seule condition que pose ce groupe est de pouvoir glisser dans chaques pièces tricotées, une citation tirée de la Bible. Dans l'entretien qu'elle a donné à l'historienne Diane de Vignemont, l'une des tricoteuses françaises volontaires explique malicieusement : "Bonne affaire de ne pas avoir à fournir la laine ... mais on a jamais su quelle avait été la réaction des Français libres devant ce message inattendu !!"

   Quasiment un siècle plus tard, Le Souvenir Français se souvient et rend un chaleureux hommage à l'élan patriotique et philanthropique qui a conduit par delà l'océan Atlantique, "les tricoteuses américaines" à apporter tous leurs secours aux Forces de la France Libres. Merci Mesdames.

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 Source : Diane de Vignemont, que vous pouvez suivre sur Twitter à l'adresse suivante https://twitter.com/diane2v?lang=fr