Souvenir Français; Comité de Banyuls sur mer

Comment utiliser notre blog ?

Vous pouvez être avertis des nouvelles publications dans le blog en vous inscrivant à la NEWSLETTER (situé à la droite de votre écran). Il suffit d’indiquer votre adresse E-Mail dans la case et confirmer cette inscription en recopiant le texte (nombre) demandé dans la case idoine.

comment utiliser notre blog

Posté par Emma Deloc à 09:13 - Commentaires [0] - Permalien [#]


02 octobre 2022

D'ESPIE Adolphe alias Jean de la Hire le neveu d'Aristide MAILLOL : l'officier d'administration en 1914 condamné à la Libération

Introduction : Sa mère Marie, la soeur aînée de MAILLOL Aristide (1861-1944)


      Le 03 mars 1858, à 5 heure du soir, se présente devant SAGOLS-FORGAS maire de Banyuls-sur-Mer et officier de l'état civil, MAILLOL Raphaël marchand d'étoffes âgé de 37 ans. Il vient déclarer la naissance le jour même à huit heure du matin, de la fille qu'il vient d'avoir avec sa femme ROUGE Catherine, Suzanne âgée de 27 ans et déclarée sans profession. Raphaël indique que sa fille est née dans la maison qu'il occupe avec sa femme dans le "quartier dit du bord de mer". Il déclare l'appeler Marie, Claire, Catherine. Les témoins de cette déclaration de naissance sont SAGOLS-PY Pierre cultivateur âgé de 44 ans et MASSOT François marchand d'étoffes âgé de 34 ans, tous deux habitants de la commune.

     Marie est donc le 3ème des 5 enfants du couple. Sa naissance précède celle de son frère Aristide de 3 ans et 9 mois. 

Acte de naissance de MAILLOL Marie (1) - ADPO - Série 2E285 - Commune de Banyuls-sur-Mer - Registre d'état civil années 1858-1862 - Page 9 - Acte n° 28 de l'année 1858

Acte de naissance de MAILLOL Marie (2) - ADPO - Série 2E285 - Commune de Banyuls-sur-Mer - Registre d'état civil années 1858-1862 - Page 10 - Acte n° 28 de l'année 1858

     En 1861, le gouvernement de Napolèon III décide de connecter ferroviairement la France et l'Espagne afin de favoriser les échanges économiques entre l'actif port de Barcelona (Espagne - Région de Catalogne) et la capitale française Paris. Le tracé du bord de mer est choisi afin d'interconnecter les voies ferroviaires et maritimes via le port de Port-Vendres. En 1875 la voie arrive à Banyuls-sur-Mer et poursuit sur chemin vers le hameau de Cerbère. En 1876, La gare Banyuls-las-Elmas est inaugurée. Grâce à l'arrivée du chemin de fer dans le village de Banyuls, Marie rencontre son futur époux D'ESPIE Célestin. En effet, ce jeune homme né le 18 septembre 1850 à Toulouse, se déclare "employé au chemin de fer du Midi", lors de son mariage.

Acte de naissance D'ESPIE Célestin - ADHG - Série 1E370 - Registre des actes de naissance - Commune de Toulouse - Année 1850 - Page 205 - Acte n° 1628 de l'année 1850

    Le 19 février 1876, à 10 heure du matin, SAGOLS Isidore maire de la commune de Banyuls-sur-Mer se rend dans l'appartement du couple MAILLOL Raphaël et ROUGE Catherine. Puisque Marie n'est âgée que de 17 ans, elle est mineure et encore sous l'autorité de son père dont elle a besoin de l'autorisation parentale. Mais comme l'indique le médecin GOUIELL Félix, la santé de Raphaël, âgé de 55 ans, ne lui permet pas de se déplacer jusqu'à la mairie sans mettre sa vie en péril. Le mariage de sa fille Marie avec D'ESPIE Célestin est donc prononcé "les portes ouvertes et le public admis" dans son appartement situé au 1er étage dans l'une des maisons du quartier du "bord de mer". Le jeune Aristide âgé de 14 ans devait être présent dans l'assemblée, avec ses tantes paternelles Berthe et Claire. 

Acte de mariage de D'ESPIE Célestin et de MAILLOL Marie (1) - ADPO - Série 2E88 - Commune de BSM - Registre d'état civil - Années 1873-1877- Acte n° 35 de l'année 1876

Acte de mariage de D'ESPIE Célestin et de MAILLOL Marie (2) - ADPO - Série 2E88 - Commune de BSM - Registre d'état civil - Années 1873-1877 - Page 283 - Acte n° 35 de l'année 1876

Acte de mariage de D'ESPIE Célestin et de MAILLOL Marie (3) - ADPO - Série 2E88 - Commune de BSM - Registre d'état civil - Années 1873-1877 - Page 284 - Acte n° 35 de l'année 1876

Acte de mariage de D'ESPIE Célestin et de MAILLOL Marie (4) - ADPO - Série 2E88 - Commune de BSM - Registre d'état civil - Années 1873-1877- Page 284 - Acte n° 35 de l'année 1876

     Raphaël se réjouit peu de cette union, puisque moins d'un an plus tard, il meurt le 08 janvier 1877 à 8 heure du matin en son domicile, à l'âge de 56 ans ; Aristide vient alors de fêter un mois plus tôt jour pour jour, son 15ème anniversaire.

Acte de décès de MAILLOL Raphaël - ADPO - Série 2E288 - Commune de Banyuls-sur-Mer - Registre d'état civil - Page 356 - Acte n° 4 de l'année 1877

     Le 28 janvier 1878, à 4 heure de l'après-midi, Célestin toujours employé au chemin de fer et âgé de 27 ans, se rend à la mairie de Banyuls-sur-Mer. Devant PASCAL Thomas (le beau-frère de DOUZANS Sylvestre (1832-1917), de DOUZANS Joseph (1839-1911) et de DOUZANS Marius (1848-1898)), le maire de la commune (qui a fait construire de 1879 à 1884 l'abattoir municipal, 1879-1884qui remplit la rôle d'officier d'état civil, il vient déclarer la naissance le jour même à 11 heure dans sa maison située dans le quartier dit du "bord de mer", du fils qu'il a eu avec sa femme MAILLOL Marie sans profession âgée de 20 ans, et qu'il a prénommé Adolphe, Célestin, Ferdinand. Les témoins de cette déclaration de naissance sont M. ROLLAND secrétaire de mairie âgé de 38 ans et PAGES Jean peintre âgé de 26 ans, tous deux résidant dans la commune.

Acte de naissance de D'ESPIE Adolphe - ADPO - Série 2E289 - Commune de BSM - Registre d'état civil - Année 1878-1881 - Page 9 - Acte n° 23 de l'année 1878

     Aristide est donc âgé de 16 ans lors de la naissance de son neveu Adolphe. L'oncle et le neveu se voient peu puisque 3 ans plus tard en 1881, Aristide monte à Paris pour s'inscrire à l'Ecole Nationale des Beaux-Arts. Et lorsqu'il revient brièvement s'installer dans la maison de son grand-père de 1892 à 1895, Adolphe est déjà parti poursuivre ses études secondaires dans le pensionnat du collège de la Trinité à Béziers, ne revenant chez ses parents à Banyuls que pour les vacances.

 

Le conscrit myope devenu sergent infirmier militaire, 1899-1912 


      Comme tous les jeunes Français, Adolphe a l'obligation de se faire recencer durant sa 20ème année. Ainsi le 16 novembre 1899, il se rend au bureau recruteur de Perpignan. Après la visite médicale sommaire réglementaire, il est déclaré bon pour effectuer son service militaire de 3 ans et le jour même, il est envoyé rejoindre avec le grade de soldat de 2ème classe, le 100ème Régiment d'Infanterie basé à Narbonne (Aude). Ce passage obligatoire par l'armée n'enchante guère le jeune bachelier, alors écrivain en herbe qui rêve de monter à Paris pour se construire une carrière littéraire : "Cette affectation n’a pas réjoui le jeune écrivain, comme le montre le mouvement d’humeur de Jean de Sainte-Claire [le héros du livre Le régiment d'Irma qu'Adolphe publie en 1904] : avant de pénétrer dans la caserne, il jette sa canne dans un fossé, et "avec la canne, il jeta loin de lui sa liberté, ses amours, son bienheureux passé."" (PUREN MarieJean de la Hire : biographie intellectuelle et politique (1878-1956), p 92). Néanmoins, durant ses 3 mois de classe, le conscrit Adolphe donne toutes satisfactions à ses officiers supérieurs : "Dans son livret d’homme de troupe, sa "manière de servir" est qualifiée de "parfaite", son "instruction militaire pratique" est "très bonne", et La Hire y est décrit comme un "très intelligent homme de lettres"" (PUREN Marie, Ibidem, pp 92-93).

Fiche de matricule de D'ESPIE Adolphe (1) - Archives Départementales des Pyrénées Orientales (ADPO) - Série 1R441 - Classe 1898 - Registre des matricules n° 1001-1500 - Page 565 - Fiche n° 1412

     A cause de sa forte myopie, Adolphe ne peut intégrer ni l'infanterie, ni l'artillerie. Donc, le 05 janvier 1900, il est versé dans 15ème section des infirmiers militaires basée à Marseille (Bouches-du-Rhône). Il est affecté dans un hôpital marseillais qui accueille essentiellement les soldats blessés lors des expéditions coloniales et qui sont acheminés à bord des navires hôpitaux de la Marine nationale. Après 1 mois de formation, Adolphe réussit l'examen de passage, en se classant à la 17ème place sur 34. Il reçoit ses insignes d'infirmier militaire les caducées blancs, et il intègre la 15ème Section des Infirmiers Militaires (SIM) en qualité d'infirmier visiteur. Sa mission est de visiter les malades qui résident hors de l'hôpital afin de leur prodiguer les soins quotidiens.

     Le 29 juin 1900, Adolphe est affecté à la 22ème SIM basée à Paris. "D’après La Hire lui-même dans Mémoires inédits sur Pierre Louÿs, il a pu obtenir cette nomination grâce à l’intervention de son père en mai 1900. On voit mal comment son père, petit fonctionnaire à Banyuls-sur-Mer, aurait pu avoir les relations nécessaires pour lui obtenir un tel emploi. Plus vraisemblablement, La Hire a demandé à être transféré à Paris dans le but de poursuivre sa carrière littéraire, et il a été affecté dans les bureaux du Ministère de la Guerre parce que ses supérieurs le décrivent comme "apte aux emplois de bureau". Il devient d’ailleurs caporal le 21 janvier 1901, avant de devenir sergent le 26 décembre 1901. (...) Dans les Mémoires inédits sur Pierre Louÿs, La Hire se souvient surtout des nombreuses libertés dont il y jouit : "[…] on me donna, au Ministère de la Guerre, une sinécure bureaucratique grâce à laquelle je repris ma vie civile, de 5 heures du soir à 9 heures du matin, pendant les deux autres années de service, avec de nombreuses permissions qui me rendaient souvent libres de 9 heures du matin à cinq heures du soir" . Le jeune homme est mis en disponibilité le 20 septembre 1902, en attendant son passage dans la réserve de l’armée active, passage qui se produit le 1er novembre 1902. (...) Il est alors affecté à la 16ème section d’Infirmiers militaires de Perpignan." (PUREN MarieIbidem, pp 95-96).

Fiche de matricule de D'ESPIE Adolphe (2) - Archives Départementales des Pyrénées Orientales (ADPO) - Série 1R441 - Classe 1898 - Registre des matricules n° 1001-1500 - Page 565 - Fiche n° 1412

     Son service militaire achevé et son "certificat de bonne conduite" en poche, Adolphe s'installe définitivement à Paris et se lance sous le pseudonyme Jean de la Hire, dans une carrière de journaliste, d'écrivain et un temps de politicien. Le 21 mai 1904, il épouse dans la mairie du 9ème arrondissement, WEYRICH Marie une artiste peintre déjà primée, née le 20 mars 1878 à Rouillé dans la Vienne.

Acte de mariage de D'ESPIE Adolphe et de WEYRICH Marie (1) - Archives de Paris (AdP) - Série 9M228 - 9ème arrondissement - Registre des mariages du 19 mai au 02 juin 1904 - Page 7 - Acte n° 541

Acte de mariage de D'ESPIE Adolphe et de WEYRICH Marie (2) - Archives de Paris (AdP) - Série 9M228 - 9ème arrondissement - Registre des mariages du 19 mai au 02 juin 1904 - Page 7 - Acte n° 541

Acte de mariage de D'ESPIE Adolphe et de WEYRICH Marie (3) - Archives de Paris (AdP) - Série 9M228 - 9ème arrondissement - Registre des mariages du 19 mai au 02 juin 1904 - Page 7 - Acte n° 541

     Passé dans la réserve de l'armée d'active, Adolphe doit réglementairement exécuter 2 périodes dites d'exercices dans la 16ème SIM basée à Perpignan. Il descend donc sur Perpignan afin de remplir cette obligation légale, d'abord du 01 au 28 août 1906, puis du 03 au 19 novembre 1908. Et le 1er octobre 1912, alors qu'il est âgé de 34 ans, Adolphe passe réglementairement dans l'armée territoriale.

 

Du sergent infirmier à l'officier d'administration d'un hôpital complémentaire, durant la 1ère Guerre mondiale, 1914-1918


      Lorsque l'ordre de mobilisation générale est placardé dans toutes les commune de France le 1er août 1914, Adolphe est âgé de 36 ans, et il est mobilisable. Le 14 août il se présente à Perpignan son lieu de rattachement. Le 27 août il est affecté à la 4ème ambulance du service de santé de la 66ème Division d'Infanterie. "À la suite de cette affectation, Jean de La Hire demande, le jour même, à être nommé au grade d’officier d’administration de 3ème classe. Pour appuyer sa demande, il rappelle qu’il a accompli son service actif à la 7ème Direction du Ministère de la Guerre, c’est-à-dire à la Direction du Service de santé au Ministère de la Guerre, et en conclut qu’il serait donc tout à fait "apte à rendre des services en qualité d’Officier d’administration" (...) Mais cette demande n’est pas immédiatement satisfaite. Après avoir reçu son ordre d’affectation le 27 août, il rejoint l’ambulance qui a été mise à la disposition de l’hôpital d’évacuation de Belfort le 21 août.(PUREN MarieIbidem, pp 224-225) :

  • Du 28 au 30 août 1914 : L'ambulance est installée à Sainte-Suzanne
  • Du 31 août au 16 septembre 1914 : L'ambulance suit les déplacements de la division : les bois du Chéna et de Lesseux, Étupes dans le Doubs, le Mesnil en Lorraine et Gérardmer dans les Vosges.
  • Du 17 au 22 septembre 1914 : L’ambulance est envoyée assainir le champ de bataille à Mandray. Pendant 5 jours, l’ambulance mène les opérations d’assainissement, d’identification de cadavres et d’enfouissement. Pour éviter la contamination des nappes phréatiques, les infirmiers creusent des fosses, afin d’incinérer les cadavres et de les recouvrir de chaux vive. Ils s’occupent également d’identifier les soldats tombés, en recueillant auprès des maires les pièces d’identité, les plaques et les livrets ramassés sur le champ de bataille.
    • Le 21 septembre 1914 : Adolphe est nommé officier d’administration de 3ème classe.
  • Du 23 septembre au 01 octobre 1914 : L’ambulance est envoyée assainir le champ de bataille à La Croix-aux-Mines, où certains infirmiers effectuent les mêmes tâches d'enfouissement des corps, pendant que d'autres dont Adolphe sont envoyés à l'arrière de la 1ère ligne afin de recevoir et de trier les blessés ramenés du champ de bataille par les brancardiers, et après des soins sommaires, les diriger vers l'hôpital de campagne installé à Fraize.
    • 27 septembre 1914 : Adolphe devient secrétaire du Médecin Divisionnaire de la 66ème Division d’Infanterie.
  • 05 octobre 1914 : Après 1 mois passé au plus près des combats Adolphe est envoyé dans la 16ème Région Militaire (Montpellier et Perpignan) pour y être attaché à la Direction du Service de Santé des Armées.

     "Dans Voluptés de guerre en 1918, souvenirs de son passage sur le front, Jean de La Hire évoque les marches difficiles qu’il a dues effectuer pour rejoindre le champ de bataille, et les multiples souffrances qui les accompagnent, la « tristesse, [le] froid, [la] fatigue et [la] faim » : « Oui, l’on souffre. […] on commence de n’être qu’un pauvre animal douloureux qui s’abandonne au destin avec une résignation morne". (...) Jean de La Hire décrit ainsi les dures besognes qu’il effectue avec ses camarades : Depuis deux jours, nous assainissons les champs de bataille. […] Et nous travaillons à cette douloureuse, à cette écœurante et répugnante besogne qui consiste à enfouir des cadavres d’hommes, à déterrer et à brûler des charognes de vaches et de chevaux . Mais la tâche la plus difficile et la plus terrible consiste à retrouver les soldats tombés. La Hire décrit comment, avec ses compagnons, il a récupéré sept cadavres dans un trou d’obus rempli d’eau : […] énormes, ballonnés, ils flottaient sur l’eau jaune ; sans doute ils étaient au fond depuis plusieurs jours, et sous la poussée des gaz, la dilatation de leurs tissus les avaient faits monter à la surface. Pendant une heure, nous avons travaillé à quelque chose d’innommable. Nous attirions à nous jusqu’à la terre ferme les cadavres, non pas en entiers [sic], mais par lambeaux, car si l’on saisissait une manche, l’étoffe se déchirait et le bras aussi ; que l’on agrippât une jambe, les cuisses venaient avec le pantalon. Deux d’entre nous, pris de nausées, ont dû s’écarter pour vomir. Le règlement prescrit de fouiller les corps en putréfaction pour enlever les plaques d’identité ; il a aussi fallu vider les poches des menus objets qu’elles contenaient, afin de pouvoir envoyer aux familles des reliques qui leur seront précieuses.(PUREN MarieIbidem, pp 225 & 227-228).

  • 25 novembre 1914 : Adolphe est nommé gestionnaire de l’hôpital complémentaire n°24 installé à Montpellier. Il y tient la comptabilité. Cet hôpital complémentaire situé loin des zones de combat est la 3ème ligne de soins, après les hôpitaux d'évacuation primaire et secondaire, et avant la 4ème ligne constituée par les hopitaux bénévoles (RACOVITSA Emil (1868-1947), le fondateur de l'hôpital bénévole n° 13 bis). L'hôpital accueille et soigne les soldats qui souffrent de troubles mentaux et neurologiques.

     "Jean de La Hire se montre pourtant excellent gestionnaire. Le médecin-chef Blanc le décrit en 1915 comme un "Officier gestionnaire remarquable [qui] Dirige avec activité, intelligence et compétence non seulement la partie administration mais fait rendre sans contrainte le maximum à ses subordonnés". En 1916, le médecin-chef Huguenin dresse un portrait similaire, et dépeint un Officier très correct et discipliné sachant obtenir de ses subordonnés tout le rendement désirable [et un] Gestionnaire actif et dévoué [qui] s’acquitte de ses fonctions avec zèle et intelligence.(PUREN MarieIbidem, p 231).

  • 12 février 1917 : Adolphe est promu officier d’administration de 2ème classe.
  • Du 17 avril au 26 mai 1917 : Adolphe est hospitalisé pour une bronchite grippale.
  • Du 19 au 28 octobre 1917 : Adolphe est hospitalisé pour une bronchite grippale doublée d'asthme.
  • Du 29 octobre au 29 décembre 1917 : Adolphe est en convalescence.
  • 22 janvier 1918 : Adolphe écrit pour demander "sa mise hors cadre pour raison de santé" ou à défaut "sa mise en congés sans solde".
  • 01 février 1918 : Adolphe est mis en congé sans solde.
  • 24 février 1918 : Adolphe est mis hors cadre. Il est donc démobilisé.
  • 01 octobre 1918 : Alors qu'il est âgé de 40 ans, Adolphe passe réglementairement dans la réserve de l'armée territoriale.
  • 21 octobre 1918 : La comission de révision de Perpignan réintègre Adolphe dans les cadres, et préconise de lui donner un emploi de bureau.
  • 12 novembre 1918 : Adolphe refuse de réintégrer l'armée pour "cause de problème de santé" et demande une nouvelle expertise médicale.
  • 09 avril 1919 : Le Sous-Secrétaire d’État au Service de Santé informe Adolphe que son maintien dans les cadres du Service Santé de la 16ème Région Militaire est finalement sans effet en raison de son âge (41 ans).

     Le 30 novembre 1927, alors qu'il est âgé de 49 ans, Adolphe est réglementairement libéré de toutes obligations militaires. Ayant satisfait à la totalité de ses obligations militaires, il n'est désormais plus mobilisable.

 

L'écrivain populaire reconnu et distingué par la Légion d'Honneur, 1918-1933


      Revenu à la vie civile, Adolphe reprend son métier de journaliste et d'homme de lettres, fréquentant assiduement les salons littéraires parisiens. Son passage dans la 4ème ambulance de la 66ème Division d'Infanterie, lui fait développer un profond sentiment anti germanique. Dès 1916, il se lance dans la rédaction d'une série de romans patriotiques à destination de la jeunesse. Le boy-scout, la forme idéalisée du soldat français, devient la figure du héros inspirant et le modèle à suivre par les jeunes générations. De plus, dans son roman "La fauvette des tranchées", il met en lumière l'héroïsme des femmes durant la guerre, capables d'endurer toutes les horreurs de la guerre mais aussi d'enfiler l'uniforme et se battre pour l'amour d'un homme et de la patrie.

     En 1918, sous le pseudonyme Emile CAZALS, il fait éditer son nouveau livre Voluptés de guerre qui : "(...) se présente comme le témoignage d’un officier du Service de Santé des Armées. Le récit à la première personne renforce l’idée qu’il s’agit des souvenirs personnels de l’auteur, bien que l’identité du narrateur ne soit pas révélée. L’originalité de l’ouvrage réside dans ces dix-neuf "voluptés" que l’auteur raconte avoir ressenti pendant la guerre. Il ne s’agit pas de rendre compte des batailles ou des mouvements de troupe, ou de donner à lire des souvenirs au sens traditionnel du terme, mais plutôt de mettre en lumière les sensations et les plaisirs – des plus banals aux plus exceptionnels - du soldat. Mais tout au long du récit, on perçoit une tension entre réalisme et fantasme : si Jean de La Hire tente de tirer un récit réaliste de son expérience de la guerre, on perçoit toujours une certaine volonté d’exaltation, qui brouille la frontière entre réalité et fiction.(PUREN MarieIbidem, p 251).

     Le 15 avril 1925, WEYRICH Marie sa femme, décède dans un accident de voiture. Quasiment 6 années plus tard, le 20 janvier 1931, dans la mairie du 14ème arrondissement, Adolphe âgé de 53 ans convole en secondes noces avec POMES Maria, Joséfa, Joaquina, née le 08 janvier 1895 à Lérida (Espagne - Région de Catalogne). Comment Adolphe résidant à Paris, rencontre-t'il cette jeune Catalane espagnole, de 17 ans sa cadette ? Probablement à Banyuls-sur-Mer, puisqu'il semblerait que les parents de Maria aient émigré pour venir s'installer dans la commune de Cerbère.

Acte de naissance de D'ESPIE Adolphe - Note marginale - ADPO - Série 2E289 - Commune de BSM - Registre d'état civil - Année 1878-1881 - Page 8 - Acte n° 24 de l'année 1878

     Le 24 janvier 1933, sur proposition du Ministère de l'Education Nationale, Adolphe intègre avec le grade de Chevalier, l'Ordre National de la Légion d'Honneur. Il est reçu par MAILLARD Maurice, son collègue administrateur au Journal du Matin, dans lequel Adolphe officie comme journaliste et feuilletonniste depuis les années 1900.

 

Le directeur d'une maison d'édition arianisée, condamné pour avoir diffusé la propagande allemande, 1939-1947


      "En 1939, alors que la perspective du conflit se rapproche, le spectre d’une agression allemande ressurgit chez l’écrivain. Dans les cinq tomes de La Guerre… La Guerre publiés de mars à novembre 1939, ce sont même deux nations qui s’attaquent à la France : l’Allemagne, et son alliée italienne. Avec, La Guerre… La Guerre, roman de demain, La Hire, sous le nom de "Commandant Cazal", inaugure une suite de cinq romans ; paraissent ensuite Maginot-Siegfried, Batailles pour la mer, L’Afrique en flammes, et enfin La fin… par le pétrole. Le 8 mars 1939, La Hire avait en effet signé un contrat avec Tallandier, pour "éditer 5 ouvrages qui paraîtront sous le titre générique de La Guerre ! La Guerre ! à raison d’un par mois sous un titre différent à définir par les deux parties." (...) Ces cinq volumes constituent donc une violente charge contre l’Allemagne, et surtout contre son chef. Le livre sera même interdit en 1940, puisqu’il apparaîtra sur la Liste Otto. (...) la position de Jean de La Hire est donc claire : il croit en l’irrémédiable victoire française et anglaise, et ne peut penser un seul instant que l’Allemagne sera victorieuse. Parce qu’Hitler est un fou, parce que le Reich est mal préparé, parce que l’armée italienne sera rapidement défaite.(PUREN MarieIbidem, pp 424 & 428).

Amazon.fr - La guerre ! La guerre ! - Roman de demain - Commandant Cazal - Livres

     "Comment expliquer alors son changement d’attitude en 1940 ? (...) L’admiration que La Hire exprime pour l’armée allemande, et son acceptation sans mélange de l’Occupation pourraient-ils être la conséquence du choc ressenti face à la défaite ? Jean de La Hire, comme d’autres auteurs de son temps, n’avait jamais imaginé une telle issue en cas de conflit franco-allemand. Et comme d’autres encore, qui doivent eux aussi faire face à la débâcle de l’armée française, il en appelle à la résignation. (...) Le ralliement de La Hire n’en garde pas moins un aspect particulièrement radical, comme en témoignent ses propos virulents dans Le Crime des Évacuations. Dès le mois de juin 1940, Jean de La Hire fait de l’ancien ennemi, non seulement l’exemple à suivre, mais aussi et surtout le nouveau maître à respecter et à servir. Comment celui qui se décrit lui même comme "le citoyen, l’électeur, le contribuable, l’ancien officier de réserve français" est-il devenu l’admirateur fervent de l’ennemi de toujours ? Une des causes à l’origine de ce revirement est peut-être à rechercher dans ce passé d’officier de réserve et d’ancien combattant de la Première Guerre mondiale. Dans l’atmosphère qui règne en France après la défaite, on croit que les anciens combattants ont le devoir d’exercer une "une magistrature morale". Et quand survient une période troublée, durant laquelle la classe politique est mise en échec, les anciens combattants vont d’autant plus faire entendre leurs voix, afin d’obtenir un rôle plus important dans la société française. Cette conviction a pu pousser La Hire à manifester ouvertement ses nouvelles positions, et à se poser ainsi en  "guide" envers ses lecteurs.(PUREN MarieIbidem, pp 428, 430 & 432).

Amazon.fr - Le Crime Des Evacuations. Les Horreurs Que Nous Avons Vues - La Hire, Jean De, Pseud. [I. E. Adolphe Lepic. ] - Livres

     "La fin de Par qui nous souffrons, pourquoi ? [une série d'articles paru dans le journal Le Matin] est l’occasion de montrer combien le ralliement de La Hire aux nouveaux maîtres du pays a été rapide. C’est un défenseur de la cause allemande de la première heure ; et il souscrit au principe de collaborer avec les occupants bien avant le 24 octobre 1940. Jean de La Hire se fait donc le chantre de la collaboration franco-allemande ; et s’il célèbre Montoire, symbole de la réconciliation franco allemande, c’est pour mieux épingler tous ceux qui "se dépêchèrent d’oublier leur petite profession de foi gaulliste pour se découvrir nazis de naissance". Plus qu’une simple adhésion de principe à la collaboration, il s’agit pour l’écrivain d’en faire une nouvelle ligne de conduite, car "Il nous appartient de rendre aisée la tâche des commandants allemands". Ce qu’il propose ici est clair : une collaboration décomplexée, qui facilitera le travail de ceux qu’il faut considérer comme les nouveaux maîtres du pays. Il s’agit donc d’aller au-devant des besoins des troupes allemandes, de satisfaire leurs désirs et de coopérer avec des hommes qui sont seulement  "soucieux de leur tranquillité"." (PUREN MarieIbidem, p 438).

     "Pour Jean de La Hire, l’Occupation offre en effet de toutes nouvelles opportunités. Les pouvoirs en place créent un véritable "appel d’offre" dans le monde des lettres, appel qui n’a pu manquer d’être remarqué par certains écrivains français. (...) La Hire est donc conscient en 1940 des avantages matériels qu’il pourra obtenir en collaborant avec les Allemands. Il a fait passer ses intérêts avant tout, lorsqu’il a fait le choix de collaborer. À la veille de la guerre, on se souvient que l’écrivain se trouvait dans une situation financière difficile. C’est peut-être cet incessant besoin d’argent qui a conduit La Hire à collaborer : sa nomination au poste de commissaire-gérant des Éditions Ferenczi va en effet lui assurer un revenu confortable - 10 000 francs par mois pour l’année 1941, soit 3396 euros. Ce montant parvient même à choquer l’agent du Commissariat général aux questions juives, chargé de faire un rapport sur le nouveau dirigeant de la maison." (PUREN MarieIbidem, pp 439-440).

     Le romancier ne se contente pas d’affirmer son soutien : il devient lui-même membre de plusieurs organisations collaborationnistes. En février 1941, il adhère à l’un des trois partis collaborationnistes français, le Rassemblement National Populaire fondé par Marcel Déat. (...) Quelques mois après son adhésion au R.N.P., La Hire adhère vraisemblablement en décembre 1941 au rassemblement des Gerbes françaises. Créée sous l’égide d’Alphonse de Châteaubriant, cette association sera un échec et ne donnera que quelques conférences. (...) La Hire serait également membre du groupe « Collaboration » comme le signalent maître Leclercq et maître Prévost au parquet de la justice du département de la Seine dans leur exposé du 16 mai 1947. Créé en septembre 1940, ce groupe a également été fondé par Alphonse de Châteaubriant. Il ne s’agit pas d’un parti au sens strict du terme, mais son but est de promouvoir la collaboration culturelle entre la France et l’Allemagne. Il attire un public de notables et de gens bien éduqués, qui sont souvent affiliés à un autre parti collaborationniste. Il faut dire que ce cercle possède un certain prestige social et intellectuel, et c’est d’ailleurs la seule organisation collaborationniste à voir augmenter ses effectifs en 1943. Sous l’égide de l’Institut allemand, le groupe tentait de promouvoir le "rapprochement franco-allemand", toujours dans une perspective européenne, mais en évitant d’évoquer l’emprise de l’Allemagne sur le continent. (PUREN MarieIbidem, pp 631-632).

     "L’année 1941 marque un tournant pour Jean de La Hire. Après s’être fait remarqué par les Allemands grâce à deux textes virulents, l’écrivain et collaborateur d’idées devient en janvier 1941, le commissaire-gérant d’une maison d’édition juive. Frappée par les premières mesures antisémites, la maison Ferenczi va être aryanisée grâce aux bons soins de son nouveau dirigeant. Son engagement prend alors une forme nouvelle : il ne se contente plus d’écrire des textes à la gloire du nouveau régime, et aide directement les autorités allemandes à renforcer leur emprise sur le pays. D’une part, il s’occupe de vendre la maison d’édition à un nouveau propriétaire allemand, la mettant ainsi directement au service des autorités d’Occupation. D’autre part, il transforme les Éditions Ferenczi, toujours officiellement spécialisées dans les romans populaires, en une officine de propagande au service de la Propaganda Abteilung. Ce pas de plus de La Hire en direction du collaborationnisme est-il la marque d’une radicalisation idéologique ? Ou ne faut-il y voir qu’un nouveau moyen pour La Hire de satisfaire ses ambitions ? (...) Avec ses débuts à la tête des Éditions Ferenczi [renommées Editions du livre moderne], Jean de La Hire s’engage résolument dans la collaboration, favorisant les objectifs allemands concernant l’édition française. Son action a en effet permis l’entrée de capitaux allemands dans une grande maison d’édition populaire, et de la transformer dans une véritable officine de propagande. Cependant, malgré le grand nombre de livres politiques publiés en 1941, on voit apparaître les premières réticences de La Hire. Il ne veut pas que la propagande prenne totalement le pas sur l’édition populaire, même s’il doit consolider sa position en respectant les objectifs de la Propaganda Abteilung. Ce n’est qu’après avoir vu sa place confortée dans l’entreprise en janvier 1942, que Jean de La Hire va alors dévoiler ses véritables vues sur l’entreprise : celle-ci doit être rentable, en continuant à publier beaucoup de romans populaires - ce qui doit permettre à La Hire de voir sa position consolidée, et ses revenus assurés.(PUREN MarieIbidem, pp 457 & 508-509).

Amazon.fr - HITLER, QUE NOUS VEUT-IL DONC ? - LA HIRE JEAN DE - Livres

DE LA HIRE Oeuvre Mort aux anglais vive la France Couverture d un ouvrage de Jean de la Hire (1878 1

     "En 1943, Jean de La Hire voit sa position menacée. Maxim Klieber n’est pas satisfait de sa gestion, et lui reproche son manque d’implication. Les autorités allemandes veulent en fait resserrer leur emprise sur l’entreprise en y faisant entrer des collaborateurs fervents, qui sauront éditer et publier des ouvrages de propagande. Si Jean de La Hire arrive à regagner la confiance des Allemands, sa situation est en fait précaire. Car pour rester directeur des Éditions du Livre Moderne, il a dû en céder la gestion effective au capitaine Eduard Wintermayer. (...) Le rapport d’activité de la Propaganda Abteilung pour l’année 1943, qui ne porte que sur les Éditions du Livre Moderne, Denoël et Sorlot, montre l’importance de la maison pour la propagande allemande. Pascal Fouché affirme même que "Ce sont les Éditions du Livre Moderne qui servent le plus la Propagande puisque les capitaux sont entièrement allemands et qu’Eduard Wintermayer les dirige lui-même avec Jean de La Hire.".(PUREN MarieIbidem, pp 545 & 549).

     Les dirigeants allemands semblent faire de moins en moins confiance à Jean de La Hire en cette deuxième partie de l’année 1943. Il faut dire que la maison d’édition est alors en difficulté. Robert Guerbigny signale que le chiffre d’affaires est en baisse par rapport aux exercices 1938-1939 et 1939-1940. (...) Pourtant La Hire n’hésite pas à réclamer vigoureusement à André Bertrand une augmentation de salaire conséquente le 27 septembre 1943, pour lui-même, mais également pour Georges Normandy et Jacques Cointe. Il argue que l’accroissement du coût de la vie, et la quantité de travail fournie justifient une augmentation de salaire substantielle : les salaires de Normandy et Cointe devraient atteindre 10 000 francs (2275 euros) par mois, et le sien 15 000 francs (3412 euros) par mois. (...) La Hire obtient finalement une augmentation de 2000 francs (455 euros) par mois, tout comme Normandy et Cointe, le 4 octobre 1943. Ce n’est pas la somme espérée, mais c’est plus qu’une simple compensation de l’inflation. Dans le même temps pourtant, La Hire voit ses responsabilités encore diminuées. (...) Le 23 décembre 1943, André Bertrand annonce à Jean de La Hire que la fabrication, c’est-à-dire la présentation, la couverture, l’intérieur et les illustrations, pour tous les ouvrages hors-série et les nouvelles collections, sera du ressort de Jean-Alexis Néret dès le 1er janvier 1944. Dorénavant, ajoute-t-il, Normandy est chargé des publications populaires et de la collection "Le Verrou". En outre, les nouveaux contrats pour les auteurs devront être paraphés par Bertrand et Wintermayer, et "toutes les autres questions concernant la fabrication" devront d’abord être soumises à Wintermayer. La Hire se voit donc dépossédé de toutes ses prérogatives, et ne reste directeur général des Éditions du Livre Moderne que de nom.(...) Jean de La Hire part en janvier ou en février 1944 pour Saint-Paterne (...) Selon Néret, c’est à cause de son "état de santé déficient" que Jean de La Hire a quitté les Éditions du Livre Moderne. Il est alors mis en congé pour convenance personnelle et continue à toucher son salaire habituel.(PUREN MarieIbidem, pp 561-564).

     "Bien qu’il ait tenté de se faire oublier en quittant Paris, Jean de La Hire doit alors faire face à l’épuration. Il est arrêté le 21 août 1944 à Saint-Paterne-Racan, et emprisonné dans la Sarthe et en Indre-et-Loire, avant d’être transféré à Paris. Il est alors incarcéré à la prison de Fresnes, et doit justifier son action devant la justice parisienne. Dès le début de son incarcération, La Hire tient à se présenter comme un gestionnaire irréprochable de la maison Ferenczi, et ne changera jamais de position. Cette défense, que rien ne vient étayer, ne va pas convaincre ses juges. (...) La Hire cherche à se faire libérer au plus vite, et c’est bien tout l’objet des lettres qu’il envoie en septembre 1944 à Louise Weiss, dans lesquelles il la "supplie de faire le nécessaire pour [qu’il soit] libéré", et propose d’être mis en "résidence sur parole au Breuil" (...) La Hire tente donc de présenter ses actes sous un jour nouveau. Il ne renie en rien ce qu'il a fait – cela paraît en effet impossible de le cacher -, mais se prépare à retourner les critiques qui pourraient lui être adressées, en découvrant un "double jeu" qu'il n'aurait jamais cessé de jouer pendant l'Occupation. (...) le 18 avril 1945, une information pour atteinte à la sûreté extérieure de l’État est ouverte contre Jean de La Hire ; et le 14 septembre 1945, il est incarcéré à la prison de Fresnes. Dans le mandat de dépôt, le juge Leclercq précise que l’inculpé est malade, et qu’il doit être envoyé, dès son arrivée, à l’infirmerie de la prison.(PUREN MarieIbidem, pp 635-636 & 637-638).

     "Jean de La Hire et André Bertrand voient prononcées à leur encontre de lourdes sanctions professionnelles. Tout d’abord, la Commission les radie à vie du monde de l’édition : elle les exclut des professions d’imprimeur et d’éditeur, et leur interdit de conserver un poste de commandement dans l’édition et l’imprimerie. Plus généralement, la Commission d’épuration décide de les éloigner pour longtemps du monde des affaires : la sentence rendue par la Commission stipule en effet que La Hire et Bertrand n’auront plus le droit de faire partie du conseil d’administration d’une société, ni de son conseil de surveillance, ni même d’exercer les pouvoirs de gestion et d’administration conférés par le statut d’associé. (...) La sentence est officiellement notifiée à La Hire le 18 janvier 1946 à l’infirmerie de la prison de Fresnes, car son état de santé n’a pas permis de l’extraire de sa cellule le 15 janvier 1946, pour se voir notifier la sentence. Le rapport du docteur Piédelièvre du 18 janvier 1946 constate en effet un affaiblissement général, et une grande fatigue après quatre mois de prison. Il présente "l’aspect d’un vieillard très friable", et l’humidité et la température de sa cellule n’arrangent pas son état de santé. Selon le médecin, la détention est incompatible avec l’état de santé de La Hire. C’est sans doute ce rapport qui lui permet de voir aboutir sa demande de mise en liberté le 19 janvier 1946. (...) Cette remise en liberté ne signifie pas pour autant que Jean de La Hire n’est plus poursuivi. Les sanctions de la Commission nationale interprofessionnelle d’épuration concernent seulement la vie professionnelle de La Hire, et il ne s’agit pas d'une décision de justice.(PUREN MarieIbidem, pp 647 & 649).

     "Les faits retenus contre La Hire sont de trois sortes. C’est d’abord sa gestion de la maison d’édition qui est mise en cause : son entrée dans la maison grâce aux Allemands, (...), le refus de vendre la firme à des Français, le rachat de la maison pour un prix dérisoire par un Allemand, et l’abandon des livres populaires pour favoriser des ouvrages de propagande. (...) Un mandat d’amener est alors émis par le commissaire du gouvernement ; mais celui-ci est finalement levé et l’audience est reportée, car La Hire n’a pas été cité régulièrement. La notification a en effet été délivrée à son domicile, alors qu’il était absent. L’audience est reportée au 29 décembre 1947. Mais le 15 décembre, son épouse refuse d’en recevoir la notification, puisque La Hire est absent pour une courte durée – il est en effet parti de son domicile, sans laisser d’adresse. Le 13 janvier 1948, on lui envoie une nouvelle notification lui demandant de se présenter à l’audience du 30 janvier ; mais son domicile est déserté. Il ne se présente pas à cette audience, et est à nouveau convoqué le 29 avril 1948. Un mandat d’amener est délivré le 7 février 1948. (...) À Banyuls-sur-Mer, aucun membre de sa famille ne dit savoir où La Hire se trouve : ni sa sœur, Mathilde Desmarquoy, ni son neveu, Jean Loch, linotypiste au Maroc. Pierre Guisset, secrétaire de mairie à Banyuls-sur-Mer, avance l’idée que La Hire a dû partir à l’étranger, car "il a beaucoup de relations dans les nations qui faisaient partie de l’axe, notamment en Allemagne, en Italie et en Espagne". L’employé de mairie, Trollet Urbain, penche lui aussi vers une expatriation à l’étranger, et plus particulièrement en Espagne car l’épouse de La Hire est "espagnole ou d’origine espagnole". (...) C’est donc pendant son absence que Jean de La Hire est jugé par la Cour de justice de la Seine, le 30 avril 1948 (...) Jean de La Hire est déclaré coupable d’intelligence avec l’ennemi et condamné par contumace à 10 ans de réclusion ferme et à la dégradation nationale, infligée à ceux qui sont reconnus coupables du crime d'indignité nationale.(PUREN MarieIbidem, pp 650 & 652-656).

     "Certainement réfugié à Nice chez les Blanc au cours de l’année 1947, La Hire reste caché jusqu’en décembre 1951. Il retourne alors Paris, et essaye de retrouver sa place dans le milieu littéraire. Même s’il est parvenu, entre 1946 et 1949, à publier quelques nouveaux textes sous divers pseudonymes, La Hire renoue difficilement avec le succès dans les années cinquante. Et s’il est amnistié par la justice, il est irrémédiablement condamné par la communauté des lettres qui refuse de le réintégrer en son sein.(PUREN MarieIbidem, pp 657).

     Adolphe s'éteint le 05 septembre 1956, dans le dénuement, à Nice, à l'âge de 78 ans.

 

Conclusion : L'historien nest pas un juge, il est un enquêteur qui après avoir lu les sources, présente un compte-rendu 


      D'une part, dans cette fiche, nous aurions pu résumer la thèse de Marie PUREN. Cependant, ce n'est pas ce que nous avons fait. En effet, nous avons préféré citer son propos non pas in-extenso, mais néanmoins en lui donnant longuement la parole. Pourquoi agir ainsi ? Afin de ne pas prèter le flanc à l'accusation d'être motivé par la volonté d'entâcher un homme et une famille. Nous ne souhaitions pas d'une part déformer ses propos, d'autre part d'être accusé d'orienter ses dires. En effet, la communauté banyulencque accueille encore des descendants indirects d'Adolphe. Nous ne citerons pas les noms de ces familles, car ses membres actuels ne peuvent être tenus pour responsables des actions menées voila 70 ans par Adolphe le frère de leur ancêtre direct D'ESPIE Mathilde. Marie PUREN n'étant pas Banyulencque, son travail de recherches n'a pas été motivé par une volonté de nuire personnellement à une famille qu'elle ne connaît pas. La qualité de son travail mené dans le cadre de l'Ecole des Chartes, la liste impressionnante de documents qu'elle a consultés et la neutralité dont elle a fait preuve tout au long de son travail, donnent toute légitimité à la thèse qu'elle a brillament soutenue devant ses pairs.

     D'autre part, que retenir du parcours d'Aldolphe ? D'abord, nous n'avons pas évoqué la totalité de son engagement politique, en particulier dans les années qui précèdent la 1ère Guerre mondiale. Nous réservons cette période et les événements banyulencs, pour un nouvel article que nous publierons prochainement. Puis, nous n'avons pas abordé sa carrière littéraire, qui sort totalement de notre champ de compétences. Ce qui nous a intéressé, est le cheminement d'un homme qui dégoûté par les horreurs qu'il a vues et vécues durant la 1ère Guerre mondiale, a été choqué par l'Exode des populations françaises et l'incrédulité provoquée par la défaite française en 1940. Nous voyons ainsi un homme glisser en quelques mois, d'un anti germanisme radical, à une collaboration tout aussi radicale. Néanmoins il reste difficile de saisir complètement l'entièreté de ce revirement, car quelle est la part de ressentiment dans cette rapide volte-face ? En effet, même si Adolphe écrit l'admiration qu'il voue aux soldats allemands, des hommes jeunes, en bonne santé, qui ne se conduisent pas (du moins au début de l'occupation) comme des pillards sans foi ni loi, même s'il adhère à l'idée que sous l'impulsion du IIIème Reich la totalité des pays européens se reconstruiront plus forts et dominateurs, il n'en reste pas moins un auteur certes reconnu mais qui n'a ni la fortune dont il rêvait, ni le statut auquel il aspirait, et qui utilise des temps troublés comme un tremplin qui lui permet d'accéder à ce qui lui manquait.

     Quel est alors le "vrai" Adolphe ? Celui qui a donné toute son énergie au service de la France durant la 1ère Guerre mondiale ? Celui qui a été distingué par l'Etat français en entrant dans l'ordre national de la Légion d'Honneur avec le rang de Chevalier pour l'ensemble de sa carrière littéraire ? Celui qui s'est compromis avec l'administration allemande durant la 2ème Guerre mondiale ? Il est les 3, car il n'est pas possible de scinder cet homme aussi bouillonnant que multiple, façonné par des époques difficiles et troublées. Ainsi, sans oublier ses compromissions des années 1940-1944 avec l'envahisseur allemand, nous rendons néanmoins hommage au sergent infirmier et au comptable de l'hôpital complémentaire n° 24 de Montpellier, qui s'est occupé de 1914 à 1918 des soldats français blessés et qui s'est chargé de récupérer pour les enterrer les soldats français décédés sur les champs de bataille.

 

Les sources disponibles en ligne


  1. Acte de naissance de D'ESPIE Célestin : Archives Municipales de Toulouse (AMT), Série 1E370, Commune de Toulouse, Registre des actes de naissance de l'année 1850, Page 205, Acte n° 1628
  2. Acte de naissance de MAILLOL Marie : Archives Départementales des Pyrénées Orientales (ADPO), Série 2E285, Commune de Banyuls-sur-Mer, Registre d'Etat civil, Années 1858-1862 - Pages 9-10, Acte n° 28 de l'année 1858
  3. Acte de mariage de D'ESPIE Célestin et de MAILLOL Marie : Archives Départementales des Pyrénées Orientales (ADPO), Série 2E288, Commune de Banyuls-sur-Mer, Registre d'Etat civil, Années 1873-1877 - Pages 283-284, Acte n° 35 de l'année 1876
  4. Acte de décès de MAILLOL Raphaël : Archives Départementales des Pyrénées Orientales (ADPO)Série 2E288, Commune de Banyuls-sur-Mer, Registre d'Etat civil, Années 1873-1877 - Page 356, Acte n° 4 de l'année 1877
  5. Acte de naissance de D'ESPIE Adolphe : Archives Départementales des Pyrénées Orientales (ADPO), Série 2E289, Commune de Banyuls-sur-Mer, Registre d'état civil, Années 1878-1882, Page 9, Acte n° 23 de l'année 1878.
  6. Fiche de matricule de D'ESPIE Adolphe : Archives Départementales des Pyrénées Orientales (ADPO), Série 1R441, Classe 1898, Registre des matricules n° 1001-1500, Page 565, Fiche n° 1412
  7. Acte de mariage de D'ESPIE Adolphe et de WEYRICH Marie : Archives de Paris (AdP), Série 9M228, 9ème arrondissement, Registre des mariages du 19 mai au 02 juin 1904, Page 7, Acte n° 541.
  8. Dossier de la Légion d'Honneur d'Adolphe d'Espie : Archives Nationales (A.N.), Base de données "Léonore", Dossier n° 19800035/0218/28677
  9. PUREN Marie, Jean de la Hire : biographie intellectuelle et politique (1878-1956), Thèse soutenue sous la direction de Mme Élisabeth Parinet, Domaine Sciences de l'homme et société / Histoire, Ecole des Chartes, Paris, 2016, 1022 pages, Version PDF téléchargeable sur : CNRS, base de données "HAL. Science ouverte"

27 septembre 2022

Lucien le fils unique d'Aristide MAILLOL, de la boue de Verdun aux combats aériens dans le ciel dijonnais

Introduction : La naissance et l'enfance d'Aristide (1861-1894)


      Le 09 décembre 1861, devant SAGOLS Jean le maire de la commune de Banyuls-sur-Mer qui remplit la fonction d'officier d'état civil, se présente Raphaël MAILLOL âgé de 41 ans qui se déclare "épicier". Il présente au maire un enfant de sexe masculin, né la veille à 10 heure du matin dans la maison qu'il loue à MALEGUE Laurent dans le quartier dit du "bord de mer" ; enfant qu'il a eu avec son épouse ROUGE Catherine âgée de 30 ans et notée "sans profession". Raphaël déclare prénommer son fils "Aristide, Bonaventure, Jean". Les témoins de cette déclaration de naissance et signataires de l'acte sont : "Jean VILAREM boulanger âgé de trente cinq ans et François MONICH marchand d'étoffes, âgé de trente neuf ans, domiciliés en cette commune [Banyuls-sur-Mer]." Aristide est ainsi l'avant-dernier des 5 enfants du couple MAILLOL Raphaël et ROUGE Catherine.

Acte de naissance MAILLOL Aristide - ADPO - Commune de Banyuls-sur-Mer - Registre d'état-civil 2E285 - Année 1858-1862 - Page 225 - Acte 204 - Année 1861

La maison natale d'Aristide MAILLOL, Avenue du Puig-del-Mas, Banyuls-sur-Mer

 

Le retour d'Aristide à Banyuls, son mariage avec Clotilde et la naissance de son fils Lucien (1894-1896)


      Après ses années de formation à Paris et son diplôme en poche, Aristide revient s'installer à Banyuls-sur-Mer en 1894, dans la maison du grand-père que lui a léguée sa tante Lucie. Frappé par les tentures médiévales dites de La dame à la licorne conservées au musée de Cluny à Paris, il décide d'ouvrir un atelier de tapisserie. C'est là qu'il rencontre sa future femme NARCIS Clotilde qu'il embauche en sa qualité de brodeuse. Cette jeune femme née le 04 juin 1873 dans la maison familiale sise dans le quartier du bord de mer à Banyuls-sur-Mer, est la fille de NARCIS Joseph marin âgé de 36 ans et de BONNAMOUSSE Marie sans profession âgée de 33 ans.

Maison d'Aristide MAILLOL à Banyus-sur-Mer, Façade avant, Photographie, 2021

Maison d'Aristide MAILLOL à Banyus-sur-Mer, Façade arrière, Photographie, 2021

Acte de naissance de NARCIS Clotilde - ADPO - Série 2E288 - Années 1873-1877 - Page 42 - Acte numéro 135 de l'année 1873

MAILLOL Aristide, Portrait de Clotilde, Huile sur toile, 1895

     En 1895, Aristide ferme son atelier de tapisserie à Banyuls-sur-Mer, et il repart accompagné de Clotilde sa fiancée, aménager au 282 de la rue Saint-Jacques dans le 5ème arrondissement de Paris. Le 07 juillet 1896, le jeune couple se marie dans la mairie du 5ème arrondissement à Paris.

     Bien qu'il soit majeur puisqu'il est âgé de 34 ans, Aristide doit néanmoins recevoir le consentement de ses parents pour avoir le droit de se marier, car comme le rapelle le Dictionnaire de législation, de doctrine et de jurisprudence en matière civile, commerciale, criminelle, administrative et de droit public par A. Dalloz, édition de 1844 : "Il est un âge où les enfants capables de faire avec discernement le choix d’un époux, n’ont plus besoin du consentement de leurs parents ; mais ils doivent toujours honneur et respect". Raphaël le père d'Aristide étant déjà décédé, il lui faut le consentement de sa mère Catherine ... qui le lui refuse ! Encore une preuve supplémentaire de la mésentente qui régnait entre la mère et son fils. Sans se décourager, Aristide se rend à Collioure dans l'étude notariale de Maître TRINQUERA, le 18 mai 1896, afin de faire rédiger un "acte respectueux" qui fait office de consentement parental.

     De son côté Clotilde produit le consentement écrit de ses parents et à 11 heure du matin, le couple est uni par PHILIPPON Alexis l'adjoint au maire du 5ème arrondissement. Les témoins du couple sont : PATRUIX Alexandre ingénieur âgé de 33 ans, DEVEZE Etienne avocat âgé de 25 ans, le Thurinois VIOLET Gustave élève architecte âgé de 23 ans et BELLOC Jean-Baptiste sculpteur âgé de 33 (l'auteur du buste en bronze qui orne l'obélisque de Banyuls rendant hommage aux Banyulencques et Banyulencs morts durant les batailles du col de Banyuls les 15 et 16 décembre 1793).

Acte de mariage (haut) de MAILLOL Aristide et NARCIS Clotilde - ADP - Registre des mariages - 5ème Arrondissement - Série V4E 8392 - Page 5 - Acte 544 de l'année 1876

Acte de mariage (milieu) de MAILLOL Aristide et NARCIS Clothilde - ADP - Registre des mariages - 5ème Arrondissement - Série V4E 8392 - Page 5 - Acte 544 de l'année 1896

Acte de mariage (bas) de MAILLOL Aristide et NARCIS Clotilde - ADP - Registre des mariages - 5ème Arrondissement - Série V4E 8392 - Page 5 - Acte 544 de l'année 1876

     De cette union naît le 30 octobre 1896 à Banyuls-sur-Mer dans la maison d'Aristide, le seul enfant du couple, un fils prénommé Lucien, Joseph, Raphaël. La lecture des dates nous permet de dire sans offenser la mémoire de Clotilde, qu'elle était enceinte de 5 mois lorsqu'elle s'est mariée. Cette entorse aux coutumes et aux bonnes moeurs de l'époque, pourrait expliquer le refus de sa belle-mère Catherine d'autoriser son fils à l'épouser.

     De plus, la lecture de l'acte de naissance nous apprend que le couple est descendu à Banyuls-sur-Mer pour que l'enfant voit le jour dans la maison qui a vu grandir Aristide. Est-ce Aristide qui voulait que son fils soit un enfant de Banyuls comme lui ? Est-ce Clotilde qui souhaitait se rapprocher de sa mère, afin de ne pas être seule dans cette période délicate d'avant et d'après naissance ? Probablement un peu des deux, mais en l'absence de documentation précise sur le sujet, ces questions ne trouveront pas de réponse satisfaisante.

     Suivant ses parents, le jeune Lucien passe son temps entre la région parisienne (d'abord Paris jusqu'en 1896, puis Villeneuve-Saint-Georges jusqu'en 1903 et enfin Marly-le-Roi à partir de 1903), et Banyuls-sur-Mer.

Acte de naissance MAILLOL Lucien - ADPO - Registre 2E4385 - Année 1893-1899 - Page 237 - Acte 122 de l'année 1896

 

L'engagement de Lucien durant la 1ère Guerre mondiale, de la boue de Verdun jusqu'au ciel dijonnais (1915-1919)


      Le 12 avril 1915, alors que la 1ère Guerre mondiale fait rage depuis 9 mois, Lucien entre dans sa dix-neuvième année. Il est donc mobilisable. Bien que résidant à Marly-le-Roi dans la maison paternelle, mais étant né à Banyuls-sur-Mer, il se rend au bureau recruteur de Perpignan afin de se faire enregistrer. Après une sommaire visite médicale réglementaire, il est déclaré "bon pour le service" et reçoit le numéro de matricule 1146.

Fiche de matricule de MAILLOL Lucien - ADPO - Série 1R532 - Affaires militaires - Classe 1916 - Registre 1001-1500 - Page 302 - Matricule numéro 1146

     Le 03 décembre 1915, avec le grade de soldat de 2ème classe, il rejoint le 140ème Régiment d'Infanterie qui est au repos dans la commune d'Auxelles dans le territoire de Belfort, après avoir été décimé par sa participation à La bataille de Champagne, février-octobre 1915. Le 19 décembre 1915, à pied et par étapes, le régiment rejoint le camp d'Arches dans les Vosges, où il reçoit une instruction intensive jusqu'au 10 janvier 1916. Le 11 janvier, le régiment est embarqué dans des camions, pour être déployé à Thann en Alsace, dans un secteur calme. Le 11 février le régiment est relevé et se rend à pied et par étapes jusqu'à Montbéliard dans le Doubs.

     Alors qu'il est occupé à organiser la défense de la frontière suisse, le 140ème Régiment d'Infanterie est rappelé d'urgence pour participer à La bataille pour défendre Verdun, février-décembre 1916 : 

  • Du 26 au 29 février 1916 : Le régiment est déplacé depuis Beaucourt dans le territoire de Belfort jusqu'à Ligny-en-Barrois dans la Meuse.
  • Du 1er au 02 mars 1916 : Le régiment est en cantonnement d'alerte à la Caillette. Durant ce déplacement, le 02 mars 1916, Lucien est promu au grade de caporal.
  • Du 03 au 05 mars 1916 : Le régiment est mis en réserve à Levoncourt via Silmont.
  • Du 06 au 08 mars 1916 : Le régiment bivouaque à Courouvre.
  • Du 09 au 21 mars 1916 : Arrivé à Ligny, le régiment reçoit l'ordre de se déployer sur le plateau de Fleury. Il débarque alors que la bataille fait rage et dans un paysage désertique où il n'existe quasiment aucune tranchée. Sous les bombardements allemands incessants, le régiment organise le terrain en creusant plusieurs lignes de tranchées, des abris et des postes avancés. Le 18 mars l'armée allemande lance l'attaque. De 6 heure à midi, l'artillerie allemande écrase les premières lignes françaises sous un déluge d'obus. Une demi heure plus tard, l'infanterie allemande déferle par vague sur les positions françaises. Après plusieurs heures de combats acharnés, la ligne française ne cède pas et les soldats allemands refluent vers leur position d'origine.
  • Dans la nuit du 20 au 21 mars 1916 : Le régiment est relevé et va prendre quelques jours de repos bien mérité dans la commune de Haudainville.
  • Du 30 mars au 13 avril 1916 : Le régiment est déployé à Eix-Decourt où il est chargé d'organiser le système de tranchées.
  • Du 13 au 27 avril 1916 : Le régiment est relevé et mis au repos à Erize-Saint-Dizier afin d'être réorganiser.
  • Du 28 avril au 06 mai 1916 : Le régiment est en cantonnement d'alerte à Belrupt.
  • Du 07 au 13 mai 1916 : Le régiment est déployé à Eix-Decourt.
  • Du 14 au 19 mai 1916 : Le régiment reçoit l'ordre de prendre la relève du fort de Vaux. 6 jours durant, l'artillerie allemande organise le blocus du fort. Coupés du ravitaillement les hommes commencent à ressentir le manque de nourriture.
  • Du 20 au 23 mai 1916 : Le régiment est mis au repos sur des péniches à Haudainville.
  • Du 24 au 29 mai 1916 : Le régiment prend la relève au bois de la Caillette.
  • Le 30 mai 1916 : Le régiment reçoit l'ordre de soutenir la défense de la redoute de Fleury.
  • Du 31 mai au 25 juin 1916 : Le régiment est replié sur Haudainville. Durant 3 semaines, le régiment reçoit de nombreuses recrues et effectue un entrainement intensif.
  • Du 26 au 28 juin 1916 : Le régiment se déplace à pied et par étapes jusqu'à Somme-Dieue.
  • Du 29 juin au 25 juillet 1916 : Le régiment est déployé à Dun-sur-Meuse, pour défendre la rive de la Meuse.
  • Du 26 au 29 juillet 1916 : Le régiment a droit à 4 jours de repos à Somme-Dieue.
  • Du 30 juillet au 09 août 1916 : Le régiment est envoyé aux Eparges, un terrain truffé de mines. Sous les bombardements allemands incessants, le régiment réorganise le système des tranchées totalement détruit.
  • Le 10 août 1916 : Le régiment est mis au repos à Haudainville.
  • Du 11 au 18 août 1916 : Le régiment se déploie dans le secteur de Rétégnebois qui subit une avalanche de bombardements allemands. Le 18 août l'offensive française est lancée à 15 heure. Malgré la bravoure française, elle est stoppée par un effroyable bombardement allemand qui décime les rangs du régiment.
  • Du 19 au 21 août 1916 : Le régiment est relevé et envoyé à Belrupt pour prendre un repos bien mérité.
  • Du 22 au 28 août 1916 : Le régiment est mis au repos à Longchamps-sur-Aire.
  • Du 29 août au 02 septembre 1916 : Le régiment est mis au repos à Longeville.

     Le 03 septembre 1916, le régiment embarque à Longeville dans la Meuse et débarque à Fismes dans la Marne. Le 07 septembre, il est déployé dans le secteur dit du Choléra (est de Berry-au-Bac), dans un secteur très calme. Le 18 septembre 1916, il est relevé pour être mis en réserve à Prouilly dans la Marne. C'est à l'occasion de cette mise en réserve que Lucien est évacué pour case de maladie.

Historique du 140ème Régiment d'Infanterie pendant la Guerre 1914-1918, Berger-Levrault Editeurs, Paris, 1922, 128 pages, BNF, Série GG14182

     Sa convalescence achevée, le 28 octobre 1916, Lucien est détaché pour suivre des cours de perfectionnement des mitrailleurs. Le 27 septembre 1917, sa formation terminée, il est versé dans le 1er groupe d'aviation stationné à Dijon dans la Côte-d'Or. Probabement après une formation d'une durée de 6 mois, le 06 avril 1918, Lucien décroche son brevet de "caporal pilote n° 12 650".

     Cependant, l'aviation étant une arme nouvelle et la guerre faisant rage, il semble que la formation de Lucien ne se soit pas déroulée bien au chaud dans une école, mais bien directement sur les champs de bataille, puisque le 13 novembre 1917 seulement 6 semaines après avoir rejoint sa nouvelle affectation, il est cité à l'ordre du régiment : "Modèle de sang-froid et de courage, s'est distingué à nouveau le 23 octobre 1917 par son entrain remarquable lors de l'attaque des positions ennemies de la tranchées du Gard".

     Après avoir passé 3 ans et 10 mois sous les drapeaux, Lucien est mis en congé de démobilisation le 29 novembre 1919.

 

Conclusion : Le monument aux morts de Banyuls, l'oeuvre d'Aristide le sculpteur marqué par les souvenirs d'Aristide le père


      Une fois connu l'engagement de Lucien durant la 1ère Guerre mondiale, la lecture du monument aux morts de Banyuls-sur-Mer sculpté par son père Aristide au début des années 1930, prend une dimension plus humaine, plus intime. En effet, ce monument sobre nous raconte l'histoire d'une famille frappée par le deuil. Au centre se trouve le soldat mort, à sa droite nous entrons dans l'intimité d'une famille à l'instant effroyable où elle apprend la mort d'un mari, d'un père, d'un fils, d'un frère, et à la gauche du soldat se trouve le cortège funéraire qui va l'emmener vers le Panthéon, le paradis des hommes qui ont donné leur vie pour défendre leur pays.

     Comment ne pas y voir les angoisses d'Aristide et de Clotilde, autant la peur des parents de recevoir la visite des gendarmes qui viennent annoncer le décès, que la joie d'ourvir la porte au facteur qui amène la lettre de l'enfant chéri prouvant qu'au moins à la date de la rédaction, il était toujours en vie ?

MAILLOL Aristide, Monument aux morts de Banyuls-sur-Mer, Calcaire bleu, 1933

 Merci Lucien pour ton engagement.

Lucien à nous le souvenir, à toi l'immortalité

 

Les sources disponibles en ligne


  1. Acte de naissance de MAILLOL Aristide : Archives Départementales des Pyrénées-Orientales (ADPO), Série 2E285, Commune de Banyuls-sur-Mer, Registres d'état-civil, Années 1858-1862, Page 225, Acte n° 204 de l'année 1861.
  2. Acte de naissance de NARCIS Clotilde : Archives Départementales des Pyrénées-Orientales (ADPO), Série 2E288, Commune de Banyuls-sur-Mer, Registres d'état-civil, Années 1873-1877, Page 42, Acte n° 135 de l'année 1873.
  3. Acte de mariage de MAILLOL Aristide et de NARCIS Clotilde : Archives de Paris (AdP), Série V4E 8392, 5ème arrondissement, Registre des actes de mariage,  Page 5,  Acte n° 544 de l'année 1896
  4. Fiche de matricule de MAILLOL Lucien : Archives Départementales des Pyrénées-Orientales (ADPO), Série 1R532, Commune de Banyuls-sur-Mer, Registre matricule n° 1001-1500, Page 302, Fiche n° 1146.
  5. Historique du 140ème Régiment d'Infanterie pendant la Guerre 1914-1918 : Bibliothèque Nationale de France (BNF), Base de données "Gallica", Série GG14182.

19 septembre 2022

La liste des barques de pèche inscrites à la prud'homie de pèche de Banyuls-sur-Mer, 1910-1914

Le consulat de mer de Perpignan, la 1ère institution maritime en Roussillon :


     Le 22 octobre 1388, le roi d'Aragon et comte de Catalogne Joan Ier crée le consulat de mer. Deux consuls font appliquer les réglements et jugent tous litiges concernant le commerce de Perpignan et des comtés de Roussillon et de Cerdagne, fortement lié à l'activité maritime.   

    A partir de 1394, le consulat de mer est aussi chargé de la perception de l'impariage, droit d'entrée et de sortie des marchandises dans les Comtés. Ce n'est qu'en 1397 que Martin Ier roi d'Aragon et comte de Barcelone autorise le consulat de mer à se bâtir un siège qui prend rapidement le nom de Loge de mer. Les travaux ont dû être réalisés au début du XVème siècle, mais l'édifice n'est complété par sa balustrade ouvragée qu'en 1439. Cette première loge de mer est construite sur l'emplacement de la pella, l'ancien marché aux peaux et draps. Elle se compose d'un rez-de-chaussée très élevé de quatre arcades (deux sur la rue des Marchands, deux sur la place) servant de bourse, et un étage occupé par le tribunal et le greffe, qui est le consulat proprement dit, auquel on peut accéder par un escalier en tourelle situé à l'extrémité de la façade sur la place. Une chapelle se trouve également dans la salle basse. Le bâtiment est doublé jusqu'à l'ancienne entrée latérale de l'hôtel de ville, en 1540, deux ans après l'entrée de Charles V roi d'Espagne à Perpignan, en détruisant l'escalier extérieur. La partie nouvelle ajoutée reproduit fidèlement l'architecture du bâtiment original. 

     N'ayant plus d'activité, en 1751, le bâtiment est vendu au comte de Mailly intendant du roi dans la procince du Roussillon, qui le transforme en théâtre. Ainsi, le retable qui se trouvait dans la chapelle de la Loge est transféré dans l'église Saint-Jacques, pour être aujourd'hui conservé au musée Rigaud.

La Loge de Mer de Perpignan et le port de Collioure, Retable de la Trinité, Huile sur bois, 1489Loge de mer, Photographie, 2018La vigie sur la loge de mer, Photographie, 2018

 

De la confrérie Saint-Jean à la prud'homie de pèche :


       Au XVème siècle, est créée la Confrérie Sant-Joan à Collioure. Tous les pécheurs qui habitent Collioure et Banyuls doivent s'y inscrire pour avoir le droit de pécher. Tous les ans, est loti le littoral situé entre le cap Cerbère au sud et les plages du Racou au nord. Les lots sont alors mis aux enchères entre les différents adhérents de la confrérie. Régulièrement les pécheurs banyulencs se plaignent, car selon eux, les meilleurs lots c'est-à-dire les plus poissonneux, sont bien trop souvent remportés par des pécheurs colliourencs.

     Le 18 août 1792, le Conseil exécutif provisoire installé à Paris, prend un décret qui interdit tous types de confréries religieuses et laïques. Mais la disparition de la confrérie Sant-Joan ne fait pas disparaître l'activité de la pèche. Les pécheurs se réorganisent en prud'homie de pèche pour continuer à se répartir les lots de pèche, à réguler le nombre de barques de pèche et à limiter les techniques de pèche employées, afin d'éviter une trop grande pression sur les ressources marines. Ainsi comme la confrérie Sant-Joan avant elle, la prud'homie définie et contrôle qui pèche quoi, où et comment.

     Le 19 novembre 1859, par décret, le gouvernement de Napoléon III régularise l'existence de « l’institution des communautés ou juridictions de pêcheurs, connues dans la Méditerranée sous le nom de prud’homies ». Désormais, chaque village de pècheurs possède sa prud'homie ainsi que sa zone de pèche attitrée. Les pécheurs élisent leurs prud'hommes, leurs représentants chargés de juger certains litiges entre les pécheurs et de tenir à jour les registres de l'inscription maritime ; inscription maritime qui ouvre les droits à la retraite des marins. Afin d'accueillir les activité de la prud'homie de pèche, de 1872 à 1896, un bâtiment est construit à Banyuls-sur-Mer en bord de plage, sur la rive droite de l'embouchure de la Vaill-Aury. En 1970 l'étage du bâtiment est détruit. Seul le rez-de-chaussée a été conservé. Il a d'abord accueilli le club de pétanque, puis le yacht-club et enfin la police municipale.

Article destruction Prud'homie de pècheVestige de la prud'homie de pèche, Photographie, 2021Vestige de la prud'homie de pèche, Photographie, 2021

 

La liste des navires de pèche à Banyuls de 1910 à 1914 :


      Le dernier prud'homme élu de Banyuls-sur-Mer fut François dit Francis COSTE. Tous les amoureux de ballades en mer se souviennent des 2 frères COSTE et de leur navire "LE REDOUTABLE" qui ont fait découvrir nos magnifiques côtes à plusieurs générations de touristes, et d'enfants banyulencs émerveillés. Avant de quitter ses fonctions de prud'homme de pèche, Francis a pris quelques notes en compulsant les archives de la prud'homie de Banyuls-sur-Mer. Il a ainsi dressé la liste des 86 navires de pèche inscrits dans les registres de la prud'homie entre 1910 et 1914 :

 

Pour lire a suite de cet article, suivez le lien ci dessous :

5) La liste des barques de pèche inscrites à la prud'homie de pèche de Banyuls-sur-Mer, 1910-1914

Posté par Emma Deloc à 14:46 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

26 juillet 2022

Soeur Sylvie la providence de Banyuls, l'exposition est de retour

     Afin de combler les nombreuses demandes qui nous ont été faites lors de la tenue de l'exposition au mois de janvier dernier, nous avons le plaisir de ressortir l'exposition "Soeur Sylvie la providence de Banyuls".

Expo - Soeur Sylvie - Affiche - Eté 2022

     Le Président du Souvenir Français - Comité de Banyuls-sur-Mer à l'honneur de vous inviter au vernissage qui se tiendra le mercredi 27 juillet à 17H00 dans la Salle Jean JAURES

Expo - Soeur Sylvie - Carton d'invitation - Eté - Page 1

Expo - Soeur Sylvie - Carton d'invitation - Eté - Page 2

 

L'exposition se tiendra dans le jardin arrière de la mairie (entrée par la place Dina Vierny),

du mercredi 27 juillet jusqu'au mercredi 03 août 2022,

ouverture tous les jours, de 10H00 à 12H00 et de 15H à 17H00

Entrée libre et gratuite

IMG_2885

IMG_2886

IMG_2888

IMG_2890

IMG_2897

IMG_2899

IMG_2905

 

Au plaisir d'échanger avec vous durant cette semaine de partage sur l'engagement de Soeur Sylvie au service de la communauté banyulencque

Posté par Emma Deloc à 22:38 - Commentaires [0] - Permalien [#]


14 juillet 2022

Le défilé du 14juillet 2022

 

IMG_2862

IMG_2863

IMG_2867

IMG_2872

Posté par Emma Deloc à 18:03 - Commentaires [0] - Permalien [#]

13 juillet 2022

Invitation à la cérémonie du 14 juillet 2022

     En cette veille de Fête Nationale, nous avons le plaisir de vous transmettre l'invitation que nous a envoyée M. Alexandre ORTIZ-BODIOU, Conseiller Municipal de la commune de Banyuls-sur-Mer en charge des questions de défenses et de mémoires.

Rendez-vous demain, jeudi 14 juillet 2022, devant l'Hôtel de ville, à 10h30 pour un départ du défilé à 11H00 et dépot de gerbe au pied du monument de la Convention Nationale sur la Place Paul Reig, suivi par les discours des officiels devant le monument aux morts Place Dina Vierny.

Monument à Banyuls-sur-Mer | Les monuments aux morts

Monument à Banyuls-sur-Mer | Les monuments aux morts

Chères adhérentes, chers adhérents au plaisir de nous retrouver demain pour célébrer ensemble notre Fête Nationale

Posté par Emma Deloc à 13:39 - Commentaires [0] - Permalien [#]

24 avril 2022

Les ascendants des Poilus Banyulencs morts pour la France - XIVème siècle

     Afin de retrouver les liens familiaux qui unissaient les 109 Banyulencs "morts pour la France" durant la Première Guerre Mondiale, nous avons patiemment épluchés les divers registres ouverts à la consultations publiques, afin de retrouver les ascendants communs des ces hommes décédés sur les champs de batailles entre 1914 et 1918. Nous avons classé ces couples d'ascendants selon un ordre alphabétique et selon un ordre chronologique. Durant les prochaine semaine, nous vous présenterons le classement chronologique de ces couples, tout en contextualisant l'histoire du village de Banyuls-sur-Mer, du XIVème au XIXème siécles.

 

    Durant l'année 1248, le Comte d'Empurias décide d'affermir son pouvoir sur la frange littorale nord de son comté, qui confronte le comté voisin du Roussillon. Du col de Banyuls jusqu'à la mer, il crée un nouveau fief, c'est-à-dire un domaine terrien et les droits seigneuriaux qui y sont liés, qu'il cède moyennant le paiement d'une conséquente participation financière, à un de ses familiers : Guillhem de Pau. Pour marquer son nouveau pouvoir dans son fief, en 1249 Guillhem le premier donzell (damoiseau = seigneur puis baron) reçoit l'autorisation de se faire bâtir una força (= une maison fortifiée) sur le territoire de la parrochia de Sancta Maria de las Abellas. A la mort de Guillhem I, son fils aîné Guillhem II lui succède à la fonction de donzell de Banyuls. En 1270, il achète au comte d'Empurias le hameau de Cervéra qui intègre la seigneurie de Banyuls qui est désormais désignée sous le nom de Banyuls-Cervéra.

     En 1276 est créé le royaume de Mallorca qui comprend le Roussillon, les îles Baléares ainsi que la seigneurie de Montpellier. La capitale du nouveau royaume est fixée à Perpignan. Décidant que la seigneurie de Banyuls-Cervèra est dans ses possessions personnelles, le roi de Mallorca Jaume Ier l'intègre dans son nouveau royaume. La seigneurie se constitue entre 3 royaumes : Aragon, France et Mallorca. Alors qu'il est le vassal du comte d'Empurias lui-même vassal du roi d'Aragon, Guillhem II s'attache dès 1276 au roi Jaume Ier de Mallorca dont il devient le viguier (chargé de rendre la justice au nom du roi) pour le comté du Roussillon. Durant l'année 1281, il refuse de mentionner dans les actes rédigés dans la seigneurie de Montpellier appartenant à la femme du roi de Mallorca vassale du roi de France, la formule : "sous le règne de Philippe Roi de France". En réaction et avec l'assentiment du roi Philippe III de France, Pontchovron sénéchal de Baucaire et ses troupes se préparent à envahir la seigneurie de Banyuls-Cervéra. Devant la menace, Guillhem de Pau se soumet au pouvoir royal français. En 1285, afin d'éviter l'invasion du comté du Roussillon par les armées du roi Pierre III d'Aragon, il informe les armées du roi Philippe III de France postées à Perpignan, et les fait guider jusqu'au col de la Massana leur permettant ainsi d'entrer dans la plaine de l'Emporda sans coup férir.

1) Contexte politique et territorial :

     A la mort de Guillhem II, son fils aîné Guillhem III lui succède à la fonction de donzell de Banyuls-Cervéra. Continuant la politique initiée par son père, il s'attache aussi au roi de Mallorca qui le nomme en 1329 lieutenant général (représentant du roi) sur les comtés de Cerdagne et du Roussillon, ainsi que sur la seigneurie de Montpellier. Il meurt en 1338.

     A la mort de Guillhem III en 1338, son fils aîné Bernat lui succède à la fonction de donzell de Banyuls-Cervéra. La disparition du royaume de Mallorca en 1344, suivie par le retour du Roussillon et de la Cerdagne dans le royaume d'Aragon et donc le retour de la seigneurie de Banyuls-Cervèra dans le comté d'Empurias, ne semble avoir impacté ni sa seigneurie ni sa fonction. Bernat meurt en 1372. Toutefois, dans un texte daté de 1371 est mentionné "Guillhem de Pau donzell de Cervera". Donc, 1 an avant la mort de Bernat, un de ses parents Guillhem de Pau prend la fonction de seigneur de Cervéra. Les archives n'ont pas encore révélé ni les liens de famille qui unissent Bernat de Banyuls et Guillhem de Cervèra, ni la date et la raison de l'extraction de la seigneurie de Cervéra de la seigneurie de Banyuls. Et Guillhem seigneur de Cervéra semble disposer librement de son fief, sans en référer à Bérenger seigneur de Banyuls, puisque durant l'année 1383, Guillhem afferme à vie moyennant une rente annuelle, au pècheur colliourenc Pierre Huguet, le droit de pèche le long du littoral qui borde la seigneurie de Cervéra. Ainsi, pour des raisons que les sources n'ont pas encore livrées, de 1371 à 1442-1448 Banyuls et Cervéra sont 2 fiefs distincts, sous l'autorité de 2 seigneurs sans lien féodal de subordination, mais qui sont issus de la même branche familiale.

     Si la prise en main du fief de Cervéra par Guillhem en 1371, a laissé de rares et ténues traces dans les archives, en revanche, lorsque Bérenger prend la succession de son père Bernat sur la seigneurie de Banyuls en 1372, il est victime de la querelle qui oppose le roi d'Aragon et le comte d'Empurias. Fief appartenant au comte d'Empurias, la seigneurie de Banyuls est confisquée par le roi Pierre IV d'Aragon. Après plusieurs mois de protestations, le castrum (château) des Pau aux Abeilles lui est rendu et reconnu libre de tous droits féodaux, passant ainsi de "logement de fonction", à propriété privée de la famille seigneuriale. Bérenger meurt en 1395.

2) Economie

     L'économie de la paroisse est agricole. Du fait de la topographie et de la rareté des voies terrestres carrossables, la paroisse est enclavée. Les échanges économiques sont à la fois rares et extrêmement coûteux. Donc, les paysans vivent en autarcie en pratiquant la polyculture vivrière, basée sur le triptyque méditerranéen (oliviers, vignes et céréales, auxquels s'ajoutent l'élevage ovin, caprin et l'apiculture). 

     Le système du mas et la borda (borde = l'équivalent d'un demi mas) apparaissent dans les textes dès le XIème siécle et constituent la celulle territoriale, économique et urbaine qui structure le développement de la paroisse. En effet, le mas est à la fois le centre d'une exploitation agricole et le foyer de la famille qui cultive les terres et vit des productions. C'est donc l'implantation des mas et des bordes entre les hameaux qui structure l'organisation urbaine et économique de la paroisse. 

     Néanmoins se pose le problème de la vassa. En effet, l'étroite bande de terre comprise entre les contreforts des Pyrénées à l'ouest et la mer Méditerranée à l'est, est le déversoir du principal cours d'eau le rec de Vall-Aury. Ainsi, cette zone à faible pente située entre mer et montagne est une zone marécageuse que les textes désignent sous les noms de "vassa" et "d'aigua molla". Mais, fertilisées depuis la formation des Pyrénées (500 millions d'années), ces terres innondées aiguisent l'appétit des paysans qui tirent difficilement leur substance des collines arides et caillouteuses. Parce que planes, couvertes d'une épaisse couche d'argile et disposant d'un sous-sol riche en eau et en minéraux, ces terres sont idéales pour la céréaliculture, aliment essentiel à la nourriture des hommes et des animaux. Donc, au XIIIème siécle, les Banyulencs commencent le drainage de la vassa du bord de mer. Pour demander l'aide divine dans leur tâche, à 300 mètres de l'église Saint-Jean-l'Evangéliste, sur une petite surélévation naturelle au milieu de la zone marécageuse, les paysans construisent une chapelle votive : La chapelle Saint-Jean-de-la-Vassa. Ce drainage commencé aux abord de l'Eglise Saint-Jean-l'Evangéliste se poursuit lentement vers l'est et la mer, tout au long du XIVème siécle. 

3) Démographie

     La paroisse de Banyuls-sur-Mer se constitue progressivement selon le système des hameaux. Durant le XIVème siècle, la population banyulencque passe de 18 feux (foyers fiscaux) en 1358 à 78 feux en 1378. Ce triplement de la population en seulement 20 ans, témoigne de la 1ère bascule qui s'opère au niveau du schéma urbain de la paroisse. Commençant à délaisser le hameau des Abeilles, le 1er hameau implanté aux Abeilles juste sous le col de Banyuls, les populations préfèrent habiter les collines, dans les hameaux du Puig-del-Mas et de la Rectorie (construits respectivement au XIIème siécle et au XIIIème siécle), tout en commençant à coloniser le bord de mer avec la création du hameau du bord de mer (Voramar), dont les 1ers édiffices s'implantent dans les limites des actuels quartiers du Pou-de-Ket et du Coll-d'en-Kirk. Ainsi, au XIVème siécle, la vieille Eglise Notre-Dame-des-Abeilles construite au XIème siécle perd son statut d'église paroissiale au profit de l'Eglise Saint-Jean-l'Evangéliste bâtie au XIIIème siécle.

     Le couple le plus ancien que nous avons retrouvé dans les archives, qui soit ascendant de plusieurs poilus banyulencs "morts pour la France" durant la 1ère Guerre Mondiale est composé de : DE PEGUERA Ramon né en 1350, marié à DE CERVELLO Alamandina née elle aussi en 1330. Si les archives n'ont pas livré le lieu de naissance de Ramon, nous savons en revanche qu'Alamandina est née dans la paroisse de Montagut, située dans l'actuel comarca de la Garrotxa (Catalogne - Espagne). Appartenant au comté de Bésalù, la paroisse de Montagut constitue la frontière nord-est avec le comté d'Emporda dans lequel est intégrée la paroisse de Banyuls. Ainsi, le 1er couple retrouvé au XIIIème siécle, d'ascendants de plusieurs poilus banyulencs, est logiquement natif du comté catalan de Bésalù, situé à une centaine de kilomètres de la paroisse de Banyuls.

21 février 2022

Le blog des poilus banyulencs : SOMMAIRE

1) Le cadre de cette enquête 

     En 2012, le gouvernement français crée la Mission Centenaire 14-18, dans la perspective de mettre en oeuvre le programme de commémoration de la Première Guerre Mondiale de 2014 à 2018. Pour répondre à l'appel de la commémoration nationale, le Colonel Barbiche Délégué Départemental du Souvenir Français pour le département des Pyrénées-Orientales en 2014, lance ce mot d'ordre départemental : "Zéro poilu oublié sur les monuments aux morts du département."

   1.1) Le corpus des sources

     Ayant à coeur de s'impliquer dans la commémoration nationale tout en remplissant la mission départementale fixée, Le Souvenir Français Comité de Banyuls-sur-Mer s'est plongé de 2014 à 2017, dans divers dépôts d'archives, afin de répondre à ces simples questions : combien de Banyulencs sont-ils "morts pour la France" durant la Première Guerre Mondiale ? Et, sont-ils tous inscrits sur un monument aux morts en France et à l'étranger ?

          1.1.1) Archives Nationales

               1.1.1.1) Service Général de l'Administration (Mémoire des hommes)

               1.1.1.2) Archives Nationales (base de données Léonore)

               1.1.1.3) Nécropole nationale Bois RogerNécropole nationale de Noviant-aux-Près et Nécropole nationale du Chemin des dames

          1.1.2) Archives Départementales des Pyrénées-Orientales

               1.1.2.1) Les registres d'Etat-Civil

               1.1.2.2) Les registres matricules

          1.1.3) Archives municipales

     Les archives municipales ne sont pas encore numérisées. Pour les consulter, il convient donc d'adresser une demande écrite à M. le Maire, afin d'être autorisé à venir les consulter sur place, à l'Hôtel de Ville.

               1.1.3.1) Les registres d'Etat-Civil

               1.1.3.2) Le monument aux morts de Banyuls-sur-Mer, sculpté par Aristide Maillol en 1933

     1.2) L'établissement de la liste nominative

     La mise à disposition de notre travail sur internet s'est inscrite dans un mouvement plus général à la fois multiple, spontané et national. En effet, aussitôt lancée la commémoration de la Première Guerre Mondiale en 2014, a commencé à fleurir un nombre impressionnant de sites internets dédiés au recencement des Français "morts pour la France". De 2017 à 2018, notre comité est donc venu grossir ce flot, en laissant cette trace, ce témoignage.

         1.2.1) Auteurs, cadre & méthode

               1.2.1.1) Le comité banyulenc du Souvenir Français et ses missions

               1.2.1.2) 2014-2019 : la commémoration du centenaire de la Première Guerre Mondiale par le comité banyulenc du Souvenir Français

          1.2.2) La création d'une base de données en ligne : Le blog "Les poilus banyulencs"

              1.2.2.1) Une liste qui reste ouverte parce qu'elle se veut exhaustive

              1.2.2.2) Les 4 noms et prénoms gravés sur le monument aux morts, mais qui n'ont pas été retrouvés dans les archives


2) Les localisations dans le temps et sur le terrain

     Les bornes chronologiques de notre liste débutent "Dans les 1ers jours d'août 1914avec le décès du soldat REIG Pierre (1893-1914), pour s'achever le 11 novembre 1918 avec le décès de l'apprenti matelot MASSOT Henri (1899-1918). Néanmoins, Nous rallongerons notre ligne temporelle jusqu'aux années 1930, afin d'embrasser la totalité des carrières professionnelles des Banyulencs récipiendaires de l'Ordre National de la Légion d'Honneur, en remerciement de leur engagement durant la guerre, et de couvrir l'inauguration du momunement aux morts à Banyuls-sur-Mer en 1933.

     2.1) La localisation chronologique et contextuelle des décès

     Le 1er axe d'approche a été de construire La chronologie des décès, 1914-1918. Puis, nous avons décidé de recontextualiser les décès de ces hommes, au sein du conflit. Logiquement est apparue la La liste chronologique des batailles de la 1ère Guerre Mondiale durant lesquelles les Banyulencs sont morts pour la France.

          2.1.1) L'année 1914

               2.1.1.1) La bataille des frontières, août-décembre 1914

               2.1.1.2) La bataille de la Marne, septembre 1914

               2.1.1.3) La course à la mer, septembre-décembre 1914

         2.1.2) L'année 1915

               2.1.2.1) La bataille de Champagne, février-octobre 1915

               2.1.2.2) Les batailles en Alsace et en Lorraine, janvier-décembre 1915

               2.1.2.3) Les batailles en Artois, mai-novembre 1915

               2.1.2.4) La 2nde bataille d'Ypres (Belgique), mai 1915

               2.1.2.5) La bataille du détroit des Dardanelles, avril 1915-janvier 1916

          2.1.3) L'année 1916

               2.1.3.1) La bataille pour défendre Verdun, février-décembre 1916

               2.1.3.2) La bataille de la Somme, juillet-novembre 1916

               2.1.3.3) La bataille de l'Hartmannswillerkopf, décembre 1914-novembre 1918

          2.1.4) L'année 1917

               2.1.4.1) Le chemin des Dames, avril-novembre 1917

               2.1.4.2) La bataille de l'Atlantique, août 1914-novembre 1918

               2.1.4.3) Les batailles en Champagne, janvier-décembre 1917

          2.1.5) L'année 1918

               2.1.5.1) La défense en Lorraine et en Belgique, janvier-juillet 1918

               2.1.5.2) L'offensive des 100 jours, juillet-novembre 1918

     2.2) La localisation géographique des lieux de décès et d'inhummation

     Dans un 1er temps, La Première Guerre mondiale implique les puissances européennes pour s'étendre par la suite sur plusieurs continents. Ainsi, si la majorité des Banyulencs a trouvé la mort sur les champs de bataille dans le nord-est de la France, sur une ligne qui va de la mer du nord à la Suisse, certains autres sont décédés dans des pays étrangers, loin de la métropole, surtout les marins.

     Après avoir localisé le lieu de décès, nous avons recherché le lieu d'inhummation du corps, ainsi que l'inscription des nom et prénoms de ces hommes, sur l'un des monuments aux morts érigés en France.

          2.2.1) Les cartes

               2.2.1.1) 1914 : La carte interactive pour replacer les lieux où les Banyulencs sont morts pour la France

               2.2.1.2) 1915 : La carte interactive pour replacer les lieux où les Banyulencs sont "morts pour la France"

               2.2.1.3) 1916 : La carte interactive pour replacer les lieux où les Banyulencs sont "morts pour la France"

               2.2.1.4) 1917 : La carte interactive pour replacer les lieux où les Banyulencs sont "morts pour la France"

               2.2.1.5) 1918 : La carte interactive pour replacer les lieux où les Banyulencs sont "morts pour la France"

          2.2.2) Pays et départements français

               2.2.2.1) La liste des départements où les Banyulencs sont morts pour la France

               2.2.2.2) Les 17 oubliés sur le monument aux morts de Banyuls-sur-Mer


3) Les différents parcours

     Nos diverses enquêtes dans les dépôts d'archives ont généré une masse documentaire conséquente. En effet, en moyenne à chaque Banyulenc "mort pour la France" est rattaché un dossier composé de 0 à 5 documents, tels que l'acte de naissance, la fiche généalogique, la fiche de matricule, la fiche de corps, l'acte de décès, le journal de marche de son régiment, une photographie, le témoignage de la famille .... Sachant que notre liste comporte 108 noms, nous avons donc patiemment amassé et classé plus de 350 documents ! 

     3.1) Des parcours à la fois singuliers et généraux

     La lecture des registres d'état civil a livré les professions de certains Banyulencs lors de leur enrôlement,  permettant ainsi de mettre en évidence les grandes activités économiques qui font vivre le village et ses habitants.

     Grâce aux fiches matricules et aux journaux de marche des différents régiments (conservés à Bibliothèque Nationale de France (Gallica)), Nous avons ainsi pu dessiner les parcours qu'ont empruntés ces hommes de leur enrôlement à partir du mois d'août 1914, via leur versement dans les diverses armes et unités de l'armée française, jusqu'à leur décés.

          3.1.1) Les hommes enrôlés

               3.1.1.1) Les professions des Banyulencs avant 1914

               3.1.1.2) Le poids de la guerre dans la démographie banyulencque

          3.1.2) Les parcours militaires

               3.1.2.1) La liste des régiments et des navires dans et sur lesquels les Banyulencs sont morts pour la France

               3.1.2.2) Liste des grades des Banyulencs décédés

               3.1.2.3) Les différents cas de désertion, août 1914-novembre 1918

     3.2) Les parcours de santé

    Grâce aux dossiers de la Légion d'Honneur, aux fiches de maticules et aux fiches de corps, nous avons pu retracer le parcours des hommes blessés ou malades, ainsi que de l'organisation des services de soins, autant sur le champ de bataille qu'à l'arrière.

          3.2.1) Médecins, malades et blessés

               3.2.1.1) Biographie du Commandeur BASSERES François (1863-1949), médecin général

               3.2.1.2) Biographie de l'Officier DOUZANS Hyppolite (1872-1935), Médecin principal de 2ème classe

               3.2.1.3) Les soldat malades ou blessés, août 1914-novembre 1918

          3.2.2) L'hôpital bénévole n° 13 bis de Banyuls-sur-Mer

               3.2.2.1) RACOVITSA Emil (1868-1947), le fondateur de l'hôpital bénévole n° 13 bis

               3.2.2.2) LAURENT Numa (1875-1916), le pensionnaire


4) Transmettre et faire revivre la mémoire de ces hommes

    Grâce aux dossiers de la Légion d'Honneur, aux registres d'Etat-Civil et aux fiches de corps, nous avons pu retrouver le traitement mémoriel que la Nation a réservé aux hommes qui se sont distingués sur le front comme à l'arrière, à ses morts et à leurs enfants mineurs.

     Malgré notre plongée dans la collecte, le classement et l'analyse de documents qui se font par nature dans la quiétude des salles de lecture et des bureaux, nous souhaitions que notre comité soit pleinement impliqué dans la commémoration du Centenaire de la Première Guerre Mondiale, ainsi que dans la transmission de la mémoire des poilus banyulencs. 

     4.1) Commémorer le sacrifice de ces Hommes

     Munis des informations que notre étude des documents commençait à livrer, de 2016 à 2020, nous avons mené des actions culturelles et mémorielles dans le but de commémorer le sacrifice de ces hommes.      

          4.1.1) La reconnaissance par la Nation

               4.1.1.1) La Légion d'Honneur : La reconnaissance de la Nation

               4.1.1.2) La mention "mort pour la France" : Le monument aux morts de Banyuls-sur-Mer, sculpté par Aristide Maillol en 1933

               4.1.1.3) Les 30 orphelins banyulencs adoptés par la Nation, par la Loi du 27 juillet 1917

          4.1.2) Les dates cérémonielles

               4.1.2.1) La commémoration du 11 novembre : Le Bleuet de France

               4.1.2.2) La quête du 1er novembre

     4.2) Raviver les mémoires

     De 2015 à 2019, nous avons pleinement "utilisé" les informations que nous collections et que nous traitions. Ainsi, nous avons créé et animé 5 projets pédagogiques portant sur la Première Guerre Mondiale, à l'attention des cycles 3 et 4, dont un projet qui a reçu le "label Centenaire" délivré par la Mission Centenaire 14-18.

         4.2.1) La transmission du flambeau au public scolaire (2016-2020)

               4.2.1.1) Les élèves Banyulencs dévoilent la plaque commémorative au Carré militaire

               4.2.1.2) Les élèves banyulencs à la découverte de la 1ère Guerre Mondiale

               4.2.1.3) Le projet pédagogique : les élèves banyulencs à la découverte de l'hôpital n° 13 bis

               4.2.1.4) Les élèves banyulencs rendent hommage aux Poilus

               4.2.1.5) Les collégiens à la découverte du patrimoine mémoriel

          4.2.2) Les actions culturelles et mémorielles

               4.2.2.1) L'exposition temporaire : Les Banyulencs dans la Grande Guerre

               4.2.2.2) Conférence et cérémonie de dévoilement de la plaque commémorative

               4.2.2.3) La création en octobre 2019 du blog Les poilus banyulencs


Conclusion

     Donc, de 2014 à 2019 soit six années durant, le comité banyulenc du Souvenir Français a eu le plaisir et l'honneur de pleinement oeuvrer pour retrouver dans les archives les noms et les prénoms des Banyuencs "morts pour la France", afin de leur rendre hommage et de faire vivre leurs mémoires. Nous avons ainsi découvert et réparé "l'oubli" de 17 Banyulencs sur le monument aux morts. Puis, nous avons partagé avec les différents publics, les informations que nous faisions émerger des archives. Enfin, la création de ce blog a permis de réincarner (redonner de la chair à) ces hommes qui sont "morts pour la France" voila un siècle.

     Avec la création de ce blog d'une part, nous laissons en témoignage les parcours de ces 108 Banyulencs ainsi que les actions mémorielles que nous avons entreprises pour les honorer et commémorer le centenaire de la Première Guerre Mondiale. D'autre part, nous mettons notre travail à la libre disposition de tous les internautes (dans le cadre du respect de la législation française concernant la propriété intellectuelle et la recherche universitaire), en espérant que ce micro-travail local de recensement à l'échelle de la commune de Banyuls-sur-Mer, puisse alimenter dans un futur plus ou moins proche, les macro-recherches historiques qui seront ultérieurement menées pour afiner notre compréhension de la Première Guerre Mondiale.


Pour découvrir la mémoire des 109 Banyulencs "morts pour la France" et ce qu'elles nous apprennent à la fois de l'histoire du conflit et de l'histoire du village de Banyuls-sur-Mer, suivez le lien ci-dessous :  Les poilus banyulencs

 

14 février 2022

Les professions des poilus Banyulencs mort pour la France avant leur enrôlement à partir de 1914

   Sur les 109 Banyulencs "morts pour la France" durant la Première Guerre Mondiale, les regitres d'état civil ont pour l'instant livré les professions qu'exerçaient 47 d'entre-eux, lorsque l'Ordre de Mobilisation Générale est placardé sur le mur de la mairie de Banyuls-sur-Mer.

     Trois corps de métiers se détachent en faisant jeu quasi égal : les marins (12), les militaires de carrière (12) et les agriculteurs (10), 1 exerçant même le double métier de marin-vigneron. Ils sont suivis par les artisans (7), puis par les employés de l'Etat (4). Les métiers du négoce et du transport terrestre sont les moins représentés (2).

       Logiquement, nous voyons se dessiner à gros traits, l'économie en 1914, d'un petit village excentré, à la fois rural et côtier. Néanmoins, si les activités économiques semblent être restées traditionnelles (pèche & agriculture), elles ont été profondément bouleversées par le rattachement du territoire communal aux marchés nationaux et internationaux, grâce à la construction de structures portuaires et ferroviaires. Dans un 1er temps, dès les années 1820-1830, le percement de la seconde darse en eau profonde, ouvre le port de Port-Vendres aux routes maritimes commerciales intercontinentales. Ainsi, rapidement les métiers du transports maritimes de marchandises et de passagers, emploient plus de marins que les métiers de la pèche. Dans un second temps, avec l'inauguration de la gare de Banyuls-las-Elmas en 1876, l'agriculture traditionnelle basée sur la polyculture méditerranéenne (céréales, légumes, fruits (olives et raisins) et élevage ovin et caprin) cède progresivement la place à la monoculture de la vigne. Le vin fabriqué en grande quantité est écoulé sur les marché par le bais des négociants et expédié en France, en Europe et dans le monde, via le port de Port-Vendres et la gare de Banyuls-Las Elmas.


Agriculture :

  1. CAROLA Pierre (1873-1917) Cultivateur
  2. CERVERA Raymond (1890-1914) Cultivateur
  3. DRAPER Paul (1880-1916) Vigneron
  4. ESTEVE Pierre (1879-1918) Cultivateur
  5. GUITARD Paul (1883-1916) Journalier
  6. JOUBE Michel (1873-1915) Journalier
  7. JUANOLIS Sauveur (1875-1915) Journalier
  8. MAILLOL Raymond (1890-1914) Cultivateur
  9. LAURENT Numa (1875-1916) Agriculteur
  10. VILLA Auguste (1877-1917) Journalier

Pèche et transports maritimes :

  1. BAURES Jacques (1891-1917) Marin
  2. BEC François (1872-1915) Marin
  3. CERBERE Louis (1888-1917) Marin
  4. DRAPER Paul (1880-1916) Marin
  5. GUISSET Sébastien (1880-1915) Marin
  6. MATHEU Michel (1878-1915) Marin
  7. MATHEU Norbert (1877-1915) Marin
  8. PARCE Isidore (1880-1915) Marin
  9. RAVETLLAT Isidore (1877-1915) Marin
  10. RUBIROLA Pierre (1879-1915) Marin
  11. SAGOLS Bénoni (1880-1916) Marin-Pilote du port
  12. SAGOLS Pierre (1883-1915) Marin

Artisans :

  1. BONAFOS Marcel (1882-1915) Charpentier de marine
  2. ESCOUBEYROU Aimé (1898-1918) Maçon
  3. PAGES Michel (1884-1916) Tonnelier
  4. RAMIO Fortuné (1888-1915) Maçon
  5. ROVIRA Pierre (1881-1914) Maçon
  6. SURROCA Auguste (1894-1914) Garçon de café
  7. TUBERT Pierre (1880-1914) Boucher

Négoge et transports terrestres :

  1. BLANC Laurent (1886-1915) Cheminot
  2. BASSERES René (1895-1918) Négociant en vin

 


Administrations :

  1. BASSOLE François (1872-1916) Professeur des collèges
  2. CARBONELL René (1898-1918) Instituteur
  3. HAUT Jean (1882-1917) Préposé aux Douanes
  4. MONICH LOUIS (1896-1918) Enseignant

Militaires de carrière :

  1. BASSERES Jean (1877-1914) Capitaine d'infanterie
  2. DOUZANS Marie (1873-1914) Capitaine d'infanterie
  3. RAYNAL François (1880-1918) Capitaine d'infanterie
  4. PI Camille (1877-1914) Lieutenant d'infanterie
  5. REIG Côme (1886-1915) Lieutenant d'infanterie
  6. REIG Gaston (1885-1917) Lieutenant d'infanterie
  7. REIG Hubert (1881-1918) Lieutenant d'infanterie
  8. CALLIS Michel (1880-1916) Sous-lieutenant d'infanterie
  9. CANTE Pierre (1880-1914) Sous-lieutenant d'infanterie
  10. MONICH LOUIS (1896-1918) Sous-lieutenant d'infanterie
  11. PY Henri (1890-1917) Sous-lieutenant d'infanterie
  12. MAILLOL Jean (1875-1915) Enseigne de vaisseau de 1ère classe auxiliaire

Pour découvrir la mémoire des 109 Banyulencs "morts pour la France" et ce qu'elles nous apprennent à la fois de l'histoire du conflit et de l'histoire du village de Banyuls-sur-Mer, suivez le lien ci-dessous :  Les poilus banyulencs

Posté par Emma Deloc à 10:17 - Commentaires [0] - Permalien [#]